Réveillée à l’aube malgré mon intention de faire comme si le
concept même de jetlag n’avait jamais existé, j’ai décidé de sortir me balader pour
voir à quoi ressemble Bed-Stuy en pleine journée. Tout ce que je savais sur ce
quartier avant d’y aller hier soir c’est que Biggie y avait grandi, ce qui lui confère
une caution coolitude peut-être un peu trop gangsta pour moi. Les choses ont
évidemment bien changé depuis les années 90 : outre une échoppe
spécialisée dans les donuts, un caviste et un espresso bar qui augurent plutôt
bien de la gentrification du quartier, je suis tombée au coin de mon éventuelle
future rue sur une épicerie bio très bien achalandée en kombucha. Mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai envoyé illico un texto au boulanger pour lui dire que j’étais intéressée.
En reprenant le métro à Bedford-Nostrand, j’ai tôt fait de
constater que mes inquiétudes initiales au sujet du sac Alexander Wang que je
tenais serré contre moi étaient parfaitement injustifiées : la fille blonde à
côté de moi portait un sac monogrammé, et son iPhone 6 blanc dépassait largement de
la poche arrière de son pantalon. A ma gauche, j’avais une altermondialiste en
pantalon indien, et une yogi en tenue avec tapis de sol inclus. Un grand type
noir aux lunettes à monture en bois a fait son entrée dans ce gynécée, bientôt
suivi par une surfeuse portant son bodyboard sous le bras. Bref, si guerre des gangs
il y a, à part le gang des postiches, je ne vois pas.
