Armée d’un grand sac en plastique bleu et de tout mon courage, j’écoute les B-52s dans le B52 qui m’emmène vers l’Ikea de Red Hook. J’ai eu l’impression indéniable en montant dans le bus d’être un animal de foire. Mes lunettes gigantesques aux verres intégralement couverts de gouttes de pluie, la touffe de foin qui me sert de chevelure et ma salopette en taille 46 y sont sans doute pour quelque chose, mais le fait est également que sur 39 passagers, nous sommes 2 blancs.
Après un détour par la boutique suédoise de la sortie pour me procurer en guise de carburant les réglisses réglementaires, je parcours le magasin en sens inverse avec pour seule compagnie, semble-t-il, la moitié des familles juives hassidiques de la ville. Les hommes ne portent pas leurs chapeaux géants aujourd’hui mais ils sont suivis de femmes en jupe longue et de ribambelles d’enfants. Tout le monde parle Yiddish, sauf moi et les employés obèses et Noirs d’Ikea.
Un peu plus tard, sur le parking, dégoulinante et cramponnée à un paquet de 14 kilos détrempé contenant le lit sur lequel trônera mon futon adoré. J’en viens à me demander quel est le sens, sinon de la vie, du moins de cette nouvelle lubie qui m’a poussée soudain à aller me fourrer dans une telle galère alors que j’avais à Paris famille, amis et canapé hors de prix. Je fais part de mes interrogations à une amie, qui me répond tout de go: “c’est la vie qui n’a pas de sens, t’inquiète pas”. Paradoxalement ce message d’espoir d’un genre nouveau me réconforte illico.
