Hourra! A force d’écumer les rues de mon quartier en scrutant les piles de meubles abandonnés je me suis dégoté une chaise assortie à mon bureau et une étagère Ikea en parfait état. Je suis donc installée face à la fenêtre dans ma chambrette ensoleillée, seulement un peu distraite par le pépiement des oiseaux dans l’arbre d’en face et la musique qui monte de la rue derrière moi. Heureusement mes voisins – qui passent le plus clair de leurs journées assis sur des chaises de jardin à regarder le temps passer – sont plutôt bons DJs.
Trois semaines après mon arrivée je me sens déjà at home ici. Suffisamment en tout cas pour saluer lorsque je les croise les tenancières de mes deux lieux de perditions favoris, la friperie et le café qui sert les meilleurs muffins à la pistache que j’aie mangés de ma vie. At home chez moi aussi parce que mes colocs ont emménagé en même temps que moi et que nous consacrons le plus clair de notre temps à feuilleter des nuanciers pour les murs de notre salle à manger (”milkshake à la vanille”, “branche de romarin” ou “fromage américain”?).
Désormais pourvue d’une chambre à moi bientôt repeinte aux couleurs de l’herbe de la pampa, il ne me manque plus que quelques revenus pour pouvoir dire que j’ai make it in America. J’ai donc déposé le CV de mon doppelgänger l’ex-serveuse-vendeuse-caissière dans une sélection d’établissements recrutés selon des critères drastiques (Ai-je une envie irrépressible de dévaliser leurs rayonnages? Sont-ils bien achalandés en fromage?). S’il faut passer par là pour réaliser ses ambitions artistiques autant que ce soit en discutant le bout de gras avec des rats de bibliothèque ou des boulimiques comme moi!
