Walking on the moon

Mercredi, en sortant de mon
rendez-vous chez l’avocate qui semble certaine de pouvoir convaincre les cerbères
des services d’immigration de mes “compétences extraordinaires
dans le domaine artistique”, j’avais un peu la sensation de marcher sur
la lune (sauf qu’au lieu de moelleuses moon boots je portais des compensées
léopard qui m’ensanglantaient sérieusement le pied). L’ascenseur n’avait pas
encore atteint le rez-de-chaussée que je commençais déjà à angoisser à l’idée
de l’imposture que je m’apprêtais à réaliser. “Tu n’as même pas vu un spectacle,
un film ou une expo depuis ton arrivée ! Tu n’es qu’une bonne à rien pas
cultivée ! La vie est dénuée de sens de toute façon, à quoi bon
travailler !”

Et puis, miracle, je suis sortie
de l’immeuble et le bouillonnement de Broadway a interrompu d’un coup les
déblatérations de mon cerveau siphonné. Afin de tester sans tarder mes
extraordinaires capacités, j’ai donc clopiné jusqu’au musée le plus proche, le
Leslie-Lohman Museum of Gay and Lesbian Art. Avec 70 œuvres
représentant des couples LGBTQ dans leur environnement domestique, l’expo
témoigne de l’influence de la communauté gay sur la scène artistique new-yorkaise. La simple existence de ce musée a suffi à me réjouir pour le
reste de la journée : d’après le rapport annuel qu’ils distribuent à l’entrée,
c’est le seul dans le monde entier.

Le soir, culture plus mainstream
avec pop-corn, coca-cola et le film sur Steve Jobs qui
vient de sortir aux Etats-Unis. Bon, la Californie c’est bien joli mais ici on
peut décider au débotté d’aller écouter de la country puis d’enchaîner avec
deux boîtes de nuit en sortant du cinéma le mercredi ; le jeudi, filer à
l’improviste au Lincoln Center voir le New York City Ballet ; et le vendredi, partir pour une
escapade impromptue au Dia Beacon, un centre d’art contemporain de 22000 m2 au
bord de l’Hudson. 

Je sors un peu étourdie de ce
bombardement de beauté, mais je me souviendrai longtemps du ballet en baskets
de Jerome Robbins, NY Export: Opus Jazz, qui m’a rappelé 1.

Shadows et West Side Story, 2. le sens de la vie et 3. pourquoi j’ai décidé de m’exporter ici.

New York est certes une dirty city où tout le
monde ne pense qu’à soi et où le capitalisme est roi, mais c’est aussi une ode
au génie humain et à l’espoir en de meilleurs lendemains.
Je suis chaque jour émerveillée par la créativité et
l’envie de vivre inouïes de ces huddled masses dont je fais
maintenant partie.

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