Ahimsa

Il semblerait que la position du lézard ait la vertu d’activer mes petites cellules grises en même temps que les adducteurs de mes cuisses. Quoi qu’il en soit, je réfléchissais donc encore une fois en ouvrant les hanches sur mon tapis de yoga. Sujet du jour: l’amour et la violence. Non, je dis ça pour le plaisir de citer Sébastien Tellier mais à ce moment-là je n’avais pas (encore) la chanson dans la tête (ne me remerciez pas). Sujet du jour, donc: la douceur. En remontant la rue vers le studio de yoga j’écoutais No More War de Bronski Beat en me disant que c’était peut-être simpliste mais quand même toujours pertinent. Et quelques minutes plus tard, assise en position du lotus, voilà-t-y pas que j’entends la prof nous expliquer que le thème du cours sera “ahimsa”. La non-violence! C’est un signe – Bronski Beat, Gandhi et moi, même combat.

Le studio de yoga que j’ai trouvé près de chez moi est un petit appartement avec des moulures peintes en couleur pastel et les cours auxquels j’ai assisté, aux heures les plus douces de la journée, tôt le matin ou entre chien et loup, sont éclairés à la bougie. Les profs sont des Brésiliennes dont on ne comprend pas grand-chose quand elles parlent sinon qu’elles sont assurément des anges tombés tout droit d’un nuage de coton. Lorsqu’elles disent à la fin “Thank you for sharing your practice with me today” on a envie de les embrasser comme du bon pain, et celle de ce soir a carrément poussé le vice jusqu’à s’approcher en douce dans le noir pour me masser le visage

quand j’étais allongée. Je ne vous raconte pas l’effort surhumain pour éviter de sangloter

en public

comme un bébé deux jours de suite. 

Il y a déjà plusieurs fois depuis que je suis ici qu’un acte de pure gentillesse me désarçonne complètement. Est-ce parce qu’en France j’ai eu le sentiment d’être privée de douceur trop longtemps? En fait de cocon la vie à Paris me donnait l’impression de louvoyer vainement dans un buisson d’épines. En tentant pour la première fois l’Utthan Pristhasana je pensais donc à tout ça, et à la douceur et la violence extrêmes qui cohabitent paradoxalement dans ce pays de cow-boys où je me suis réfugiée. Et quand je suis rentrée chez moi dans un état proche du

nirvāna, j’ai discuté avec mon coloc des attentats. J’ai déblatéré cinq minutes dans la plus pure tradition humaniste et j’étais à deux doigts de lui parler de Bronski Beat lorsqu’il m’a dit d’un ton sans équivoque au sujet de l’état islamique, “We’ll destroy them”.

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