Grey Gardens

Retranchée pour quelques jours à la campagne, je profite de la proximité de la meilleure baguette tradition 2015 pour m’en enfiler une par jour, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente. Pour l’heure, le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle de pot de cornichons sur le Vexin français (oh ça va je n’ai rien écrit depuis deux semaines, je peux bien prendre des libertés avec Baudelaire), mais pas une goutte ne tombe et les températures restent tragiquement tépides. Sous mon bonnet en angora, je fulmine doucement: pour une fois que j’étais parée pour le permafrost! 

J’ai dégoté hier dans la penderie de ma godmother un vison ancestral doté d’épaulettes de compet’: superhéroïne meets Anna Karénine. Je le porte en paradant devant la maison pour rejouer Grey Gardens avec ma comparse que j’ai convaincue d’arborer un astrakan assorti. “Grey Gardens? C’est un documentaire sur deux femmes de la famille de Jackie Kennedy, qui vivaient entourées de détritus dans leur manoir de Long Island. La mère avait perdu la boule et la fille tous ses cheveux”. Etrangement, la godmother n’est pas emballée par le rôle de composition dans lequel je l’ai castée, et mon projet de remake fond comme un glaçon dans mon verre de champagne tiède. 

A New York pendant ce temps, le vortex polaire semble enfin décidé à pointer le bout de son nez engeluré, et j’en viendrais presque à redouter légèrement mon retour sous ces cieux moins cléments. Depuis mon arrivée là-bas au début de l’été indien je n’ai pas compté le nombre de regards épouvantés qu’on m’a lancés en me demandant si j’avais entendu parler du “New York winter”. Ils parleraient du croquemitaine qu’ils ne seraient pas plus angoissés. Mais avec ma petite famille de belettes réincarnées en épaulettes, pas de lézard: je devrais pouvoir survivre au pire des blizzards!

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