Changes

Un dernier coup d’oeil à mon appartement, une photo du salon dans la lumière grise de potron-minet, un tour de clé et voilà. J’ai utilisé toute mon énergie pour refouler tous les états d’âme et toutes les questions qui ont aussitôt commencé à se bousculer au portillon, et j’ai attrapé ma valise et mes deux sacs d’un air qui se voulait bravache pour descendre l’escalier avec fracas. “C’est toi qui l’as voulu, et c’est une bonne décision, ne te lamente pas”, me répétais-je comme un mantra tandis qu’une autre voix sournoise me soufflait à l’oreille “Tu as mis des enclumes dans ta valise ou quoi? quelle genre de masochiste s’impose des choses comme ça? tu vas choper un lumbago et tout ça pour quoi? pour l’illusion de recommencer à zéro? mais ça veut dire quoi?”

J’étais si occupée à dire à la deuxième voix de la boucler une bonne fois pour toutes que j’ai bien failli ne pas faire attention, mais la musique était assez forte et les parois assez fines pour que le son me parvienne malgré mon tintamarre interne. Mes voisins étaient en train d’écouter David Bowie de bon matin. Or s’il y a bien une chose qui peut calmer tous les moulins à paroles qui se chamaillent dans mon crâne de piaf c’est bien notre amour commun pour Aladdin Sane. On s’est toutes tues par déférence, et on a écouté David entonner le refrain en descendant les marches du deuxième palier. Ch-ch-ch-ch-changes, turn and face the strange changes, susurrait David d’un ton guilleret comme pour m’encourager, et à ce moment-là j’ai fait voeu de ne jamais quitter le stream of warm impermanence sur lequel je suis embarquée.

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