The Sound of Silence

Tout est de la faute de la playlist NYC
que j’ai créée en juin et pris l’habitude d’écouter depuis pour me remémorer le
moment où, assise dans le J train à Cypress Hills, j’ai su qu’il fallait que je
vienne habiter ici. Ca commence plutôt allegretto dans le West Side et ça
continue dans les cinq boroughs avec les Beastie Boys, A Tribe Called Quest,
Nas et B.I.G. Et entre deux rappeurs j’ai quand même inséré quelques crooners,
et un peu de Simon et Garfunkel for good measure.

Dans le C train où je me suis installée avec mes 30 kilos de
bagages dans la nuit de dimanche dernier, un peu déphasée par les six heures d’insomnie
dans les airs et les six semaines de vagabondage, j’ai donc remis ma playlist
préférée. Il est 1 heure du matin, j’ai un peu l’air d’une ravie dans la crèche dans
le métro dépeuplé, mais peu importe, j’ai Paul Simon dans les oreilles qui me
chante d’un air guilleret que lui il se sent plutôt groovy, et je commence à
écrire dans mon cahier que je suis bien contente d’être arrivée.

Et puis le mode aléatoire de Spotify étant ce qu’il est, le
disc-jockey enchaîne avec Gil Scott-Heron. Ain’t No New Thing est une
chanson-poème sur la récupération de la culture afro-américaine par le
mainstream, et l’accompagnement a beau être assez rythmé, Gil articule
parfaitement et c’est difficile de ne pas écouter. J’étais donc là, assise avec
mes valises, mon manteau en marmotte et mes cheveux peroxydés sur le banc bleu
clair en plastique moulé, en face de moi il y avait une clocharde noire obèse somnolant au milieu d’une avalanche de
sacs en plastique au contenu non identifié, et l’autre conclut sa
chanson en disant bien lentement, America is always the same old shit. Ca
m’a coupé le sifflet et j’ai rangé mon cahier.

Alors d’accord je ne tiens pas un blog sur la politique en
Amérique, je n’ai jamais prétendu raconter autre chose que mes tribulations et
mes états d’âme dans ce pays de cocagne, mais au bout d’un moment décrire par
le menu des asanas de yoga et prendre en photo des néons rigolos ça va sans
doute lasser les fans les plus invétérés (coucou les Murons, vous êtes trop
mignons). Je suis revenue à New York après avoir pas mal vadrouillé au sens
propre comme au figuré et cette semaine j’ai eu besoin de me réacclimater et surtout
de me rappeler tout ce que cette ville pouvait signifier. J’ai un peu réfléchi,
un peu erré, un peu discuté avec le canidé ci-dessous, et contrairement à lui j’ai décidé de continuer à poster des absurdités ici.

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