New York New York big city of dreams

The
Message
, c’est la bande-son par défaut de tout reportage de Zone Interdite
touchant de près ou de loin au hip-hop, au street art ou à New York dans les
années 80, mais Grandmaster
Flash
a fait plein d’autres morceaux tout aussi cools. Pour essayer
d’atténuer le choc bactériologique du retour en Amérique j’ai pas mal écouté
New York New York, mais ça n’était pas forcément l’idée du siècle puisque la
chanson est plus une mise en garde blasée qu’une recommandation enjouée du genre Guide du Routard. Le premier couplet décrit
un type debout au bord d’un immeuble prêt à sauter; sa femme s’est tirée et
il n’a même plus de quoi se chausser, mais les badauds en bas le regardent et
disent qu’il n’osera pas, c’est rien qu’une poule mouillée. Quant au New-Yorkais du couplet d’après, il dévore la pâtée de son chien à même la
cannette: eh, quand on peut pas se payer de viande il faut bien manger !
Et le conte de Noël se termine gaiement avec une fille-mère désespérée
qui finit par abandonner son bébé dans une poubelle.

J’écoutais donc la chanson en prenant le métro un matin, et en
regardant autour de moi dans le wagon bondé je me suis demandé combien de mes
voisins vivaient en-dessous du seuil de pauvreté. Ce serait exagéré de décrire
mon quartier – où l’on trouve du kombucha, des studios de yoga, de l’avocado on
toast
et de la glace sans lactose à tous les coins de rue – comme un ghetto,
mais même avec des œillères de hipster c’est difficile d’ignorer la réalité.

Bed-Stuy a beau se gentrifier, la majorité de ses résidents ne naît pas exactement avec une cuiller pavée de diamants dans la bouche.

Le
nombre d’adolescents qui passent leurs journées à zoner et leurs
soirées à fumer dans les parcs est quand même assez élevé, et même si faire
l’école buissonnière n’a jamais tué personne il m’est déjà arrivé aussi
d’entendre des coups de feu en pleine nuit. Je regardais autour de moi, donc,
et mes yeux sont tombés sur un petit bonhomme un peu décrépit d’une
cinquantaine d’années, aux vêtements tout abîmés, qui tenait à la main un Discman.

Euh, un DISCMAN – rendez-vous compte ! Même à l’apogée (de courte durée) des Discman personne de sensé n’a jamais sérieusement envisagé de se balader
avec un objet aussi peu pratique (et je parle d’expérience en repensant avec
émotion à mon Discman bleu, auquel je tenais néanmoins comme à la prunelle de
mes yeux, qui faisait sauter le CD dès que j’osais l’incliner ne serait-ce que
d’un degré). Bref, un Discman, en 2016 – alors là obligé, celui-là il vit
en-dessous du seuil de pauvreté. Je regardais le type, la main tendue devant
lui pour maintenir la sacro-sainte position horizontale de son bidule infernal dans
un métro brinquebalant, mais je n’ai même pas eu le temps de m’apitoyer car,
les yeux fermés et un sourire béat aux lèvres, il s’est lancé dans une
chorégraphie de breakdance qui a bien failli contaminer tout le wagon.

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