Ça fait trois fois cette semaine que je réussis à faire la pose du Warrior 3 au yoga sans dégringoler en avant dans un grand bruit – bon je ne vais pas commencer à prendre la confiance pour autant parce qu’hier je pensais en toute bonne foi être Swami Vishnudevananda et boum, ça n’a pas loupé, je suis tombée. Enfin, tout ça pour dire que ça m’a fait réfléchir (ce qui est une mauvaise idée au yoga, car dès qu’on arrête de se concentrer sur la position exacte de chaque muscle on peut être à peu près sûr de se casser la figure) aux positions et aux noms qu’on leur donne selon les pays. A Paris dans le studio où j’allais on chante des ÔM en veux-tu en-voilà et on se met à parler sanskrit couramment lorsqu’il s’agit de désigner les asanas ; ici, on fait parfois un ÔM aussi pour la forme mais pour le reste la règle qui prévaut semble être celle du nom le plus rigolo.
Exemple : quand on croise les jambes comme pour retarder une envie super pressante et qu’on s’enroule les bras en même temps comme si on essayait d’imiter un cordon de téléphone des années 70 tout entortillé, ici on appelle ça faire l’aigle, ce qui est quand même assez risible. Enfin, sur le moment on est plutôt content d’imaginer la majesté d’une volée de condors dans les cieux plutôt que la file d’attente des toilettes d’une boîte de nuit à 2h du matin. En tout cas, j’en profite pour ajouter que j’ai réussi l’aigle aussi, que je me suis dit en mon for intérieur que j’étais devenue une authentique yogi, et bim ce matin je suis bien punie, ma hanche droite est toute bloquée et je suis condamnée à marcher comme si j’avais une jambe de bois. S’ils pouvaient inventer une posture du pirate d’ici mon prochain cours ça m’arrangerait pas mal.
Quoi qu’il en soit, j’étais partie pour faire une métaphore super originale sur le Warrior et dire que dans cette ville d’hyperactifs hypercréatifs hypercompétitifs, ce n’est pas étonnant qu’autant de gens aient besoin d’un cours de yoga pour 1. s’accorder 5 minutes d’oisiveté en savasana à la fin et 2. avec cette fameuse pose du guerrier, se conditionner à ce qu’est essentiellement la vie ici. It’s like a jungle sometimes dans laquelle on est tour à tour une sauterelle ou un cobra, un dauphin ou une grenouille, un corbeau ou un pigeon, mais c’est la vie qui est comme ça et New York est si pleine de vie que même si demain je me faisais croquer par un animal plus gros que moi, je suis sûre que je me réincarnerais illico. Juste pas en locuste si possible, j’ai vraiment trop mal à la cuisse.

