Valentine’s Day a commencé pour moi
avec trois heures de sommeil et trois kilos de coton dans le crâne mais grâce
au ciel pas de gueule de bois. La veille, au concert d’un groupe dont le nom en
anglais sonne bien mieux que sa traduction – la lune molle – j’avais
héroïquement résisté aux exhortations et aux tentations qui étaient pourtant
légion. “I don’t know what I want, disait le chanteur dans un bar après
coup. Do I want coke? Do I want a drink? Do I
want sleep? Do I want sex?”. Il a fini par opter pour une tentative de
triolisme avortée avec sa groupie attitrée (et la première blondinette qui
leur est passée sous le nez).
Pour ma part j’ai dit non à toutes
ces options, avant de me rabattre sur l’avant-dernière en désespoir de cause
lorsque le bar a fermé et que la perspective d’errer dans le vortex polaire
dehors semblait pire que la mort. Sleep is the cousin of death, dit Nas, et il
y a des soirs comme ça où l’on préfère coûte que coûte commander un dernier
verre plutôt qu’être le rabat-joie qui déclare le premier que l’heure de mettre
la viande dans le torchon a sonné. Mais quand il fait -12°, qu’il est 4h
passées et qu’un vent glacé s’engouffre à l’intérieur de votre nez, de votre
bouche, de vos oreilles et de vos orbites, il faut savoir renier Nas et
rentrer.
Trois heures plus tard, donc, j’ai
émergé tel un zombie de ma couette si douillette et aussitôt empilé velours,
mohair et fourrure sur ma carcasse frigorifiée pour braver le
blizzard. Le temps de parcourir les trois blocs qui me séparent du café j’étais
bien réveillée, mais ce n’est qu’en arrivant que je me suis rendu
compte que j’avais omis le plus important: “I forgot to wear my heart
print dress!” ai-je annoncé à Kim d’un ton catastrophé. Elle m’a regardé d’un air
de dire, t’es mignonne mais t’es un peu tapée. Sur le comptoir, un gros sachet de la marque premier prix du
supermarché débordait de bonbons à la gélatine rouges en forme de coeur. Mon
sang n’a fait qu’un tour et j’allais dégainer mon téléphone pour les
instagrammer lorsqu’une voix derrière moi m’a coupée net dans mon élan: “Those
are junk”.
Junk !
Un peu de respect pour les cochons dont la graisse a servi à confectionner
ces beautés ! Bon, du coup je me suis abstenue d’en avaler un en loucedé et en
guise de petit-déjeuner, et je me suis contentée de les glisser dans les sacs
en papier marron où on emballe les commandes à livrer. La journée est passée au
rythme des Happy Valentine’s Day adressés à la chaîne aux clients qui venaient
chercher des sandwiches à la poitrine de porc pour leurs dulcinées. En rentrant
chez moi je me faisais une joie de passer la soirée en tête-à-tête avec une des
choses les plus aimables qui soient : d’authentiques boulettes de mozza.
J’ai ouvert le bocal prête à me régaler, et le verdict est tombé sans
tarder : texture, goût et odeur tout à fait similaires à des gommes
Staedtler.

