I won’t make a fuss, I’ll take a Greyhound bus

“Mais pourquoi?” m’a demandé Anaïs, sincèrement abasourdie lorsque je lui ai expliqué le programme de ma soirée. Il est vrai que sortir de son nid douillet à 22h un dimanche frisquet pour se taper 15 stations de métro jusqu’à la 42ème rue ne vend déjà pas de rêve à beaucoup de gens, mais lorsqu’en sus il faut ensuite monter dans un Greyhound bus, y rester sans bouger quatorze heures d’affilée, s’endormir dans un angle à 90 degrés et se réveiller quelques heures plus tard dans un état proche de l’Ohio, là c’est carrément le cauchemar éveillé.

Un état mitoyen de l’Ohio plus exactement puisqu’il s’agit de la Pennsylvanie, terminus de ce bus: d’après le chauffeur, nous serons à Pittsburgh “vers 6 heures”. (“I’m here to answer any questions you may have, a-t-il poursuivi. Just don’t go and ask me things like what time do we arrive, ‘cause I just told you that”). De là, inch’Allah, je prendrai un autre Greyhound jusqu’à la destination improbable de ce voyage impromptu: Columbus. Je suis excitée comme une puce.

“Do you need to pee?”, demande ma voisine d’une voix de stentor, non pas à la cantonade mais à son fiston. Je me sens néanmoins assez concernée par sa question, qui me rappelle avec une ironie tragique digne d’un best of de Sophocle que j’ai cru bon de successivement 1. boire un hectolitre de tisane en faisant ma valise, et 2. enfiler un body sous mes trois couches de vêtements. Ça va être une longue nuit, c’est moi qui vous le dis – heureusement qu’il y a du wifi.

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