Quand on vit à New York on a trop rapidement tendance à oublier que l’Amérique c’est aussi et surtout Castle Rock. Dans la ville imaginaire créée par Stephen King pour ses romans, les maisons ont une balancelle sur le perron, une moustiquaire devant la porte d’entrée (qui n’est jamais fermée à clé) et un drapeau politique fermement planté dans la pelouse taillée au cordeau devant. Tout le monde se connaît et lorsqu’un nouveau venu arrive ou que quelqu’un s’en va ça jase à mort au rayon produits laitiers du supermarché.
Cette version-ci de l’Amérique, je la connais aussi puisque j’y ai vécu, et chaque fois que je m’y retrouve je me dis que ce n’est pas étonnant qu’elle ait inspiré les pires histoires d’horreur jamais écrites, filmées ou racontées. Les rues du quartier résidentiel de Columbus où je suis chez des amis ressemblent exactement à tous les clichés, drapeau Bernie Sanders inclus sur la pelouse d’à côté. Et sous une apparence paisible et chaleureuse, c’est un environnement bien plus anxiogène que Tompkins Square Park une nuit d’hiver en 1980, avec tous ses drogués et tous ses couples qui s’affairent dans les fourrés.
Les zombies de Thriller et le serial killer de Scream, le clown de Ça et celui d’Halloween, le boucher de Fargo et le tronçonneur du Texas, les maisons hantées de R.L. Stine et celle de Jan Pienkowkski… Tout ça n’est qu’une métaphore pour l’angoisse quotidienne de la small-town America: les ménagères suicidaires de Desperate Housewives et les adolescentes névrotiques de Ghost World, les familles dysfonctionnelles des Simpsons et de Family Guy, Beavis et Butt-Head et leurs petits frères les enfants pervers de South Park, et caetera.
Ce n’est qu’une métaphore, blablabla, mais ça n’a pas empêché mon hôtesse de me signaler comme s’il s’agissait d’un fait on ne peut plus anodin, “Oh, il y a un fantôme dans la maison des voisins”.


