Dairy sorcery

J’ai ratissé en long, en large et en travers le rayon fromage du supermarché, tourné et retourné des paquets de spécialités lactées non identifiées pour déchiffrer leur composition puis les reposer avec effroi, avant de trouver cachés dans un coin des triangles de pecorino romano importé. Sans trop m’attarder sur le calcul mental du nombre d’air miles entre le Lazio et l’Ohio, j’en ai glissé un dans mon panier. Telle Perrette j’ai poursuivi mon chemin le cœur léger, rêvant déjà à la délicieuse quiche que j’allais concocter.

Next up, un pot de crème fraîche. J’ai continué vers la gauche et là suis tombée, non pas sur le reste des produits laitiers, mais sur des containers géants de grains de café. Un peu plus loin, le rayon “oléagineux, fruits séchés et cochonneries vendues au poids” me tendait les bras. J’ai héroïquement passé mon chemin non sans piocher au passage quelques butter fudge almonds qui me regardaient d’un air implorant, et harponné un quidam occupé à verser des quintaux de pistaches salées dans un bidon gargantuesque.

“Cream? For coffee?” Les mecs mettent de la crème fraîche dans leur café, me suis-je dit en frissonnant, avant de comprendre que j’aurais du spécifier: “Oh, sour cream, sorry”. Visiblement, je lui posais une colle, mais il en faut plus pour désarçonner un véritable descendant de cowboy. On est donc partis tous les deux consulter un spécialiste au rayon tortillas de maïs, et la réponse est tombée comme un couperet, glaciale et pleine de commisération pour les ignares que nous étions: “That would be in the dairy section”.

Le rayon produits laitiers se trouve donc, au cas où vous vous demanderiez, au coin diamétralement opposé de celui où je me trouvais au début de cette histoire. Mon compère et moi avons traversé le supermarché, dépassé les allées intitulées Nut Butters, Potato Chips et Ice Cream, et sommes arrivés devant un frigidaire garni de beaucoup de choses tout droit issues de l’antichambre de l’enfer. Ricotta au carraghénane, anyone?

J’ai finalement trouvé un petit pot de crème full fat qui ne fera pas se retourner dans leurs tombes mes deux grands-mères lorraines (il y a des maisons hantées dans les parages alors je me méfie). Et là le type qui était toujours planté à côté de moi m’a demandé d’un ton badin ce que je comptais faire du contenu de mon panier. « Quiche », lui ai-je dit. Il en faut beaucoup pour effrayer un cowboy des temps modernes, mais en un seul mot je crois que j’ai réussi. Il m’a regardée un peu comme si j’avais dit “Oh, rien de spécial, juste une potion magique”, et il a filé sans demander son reste se réfugier dans un rayon mieux fourni en produits chimiques.

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