Il a fallu que mon père de passage à New York le mois dernier me fasse subir un questionnaire digne d’un bateau-mouche – un bateau-mouche où il serait donc assis avec son appareil photo autour du cou et moi debout sur le pont un micro à la main, déclamant “à votre gauche ladies and gentlemen the Maison de la Radio, also called maison ronde de par sa forme cycloïdale” – pour que j’ouvre la page Wikipedia de la ville où j’habite depuis presque six mois (Ohlala six mois, je viens de compter ça nous rajeunit pas).
Bon, officiellement Brooklyn n’est qu’un arrondissement mais je dis ville car je viens de lire que si on était indépendants on serait la quatrième plus peuplée des Etats-Unis. Je ne vais pas me la jouer Corse et commencer à militer pour l’autonomie, ça je m’en cogne comme de ma première jupe-culotte (je rigole, je n’ai jamais porté de jupe-culotte), mais quand même ça m’en a bouché un coin alors ça méritait d’être signalé. On est plus de deux millions et demi ici pour une superficie qui fait plus du double de celle de Paris, et une densité d’un tiers moins élevée (demain sur ce blog, interro surprise d’histoire-géo).
Bon, sinon il y a quelque chose que je savais déjà avant d’ouvrir Wikipedia et ça pas besoin d’avoir inventé le fil à couper le beurre pour s’en apercevoir, c’est que Brooklyn a été fondée par les Bataves. Arrivés prem’s sur la pointe ouest de Long Island, ils se sont naturellement arrogé le droit de baptiser leur bled Breuckelen, en hommage à un obscur patelin de leur mère-patrie. Ce que les gens pouvaient manquer d’imagination, c’est quand même fou non? Entre Paris Texas, London Ohio et Athens Georgia, moi je les trouve un peu gonflés d’avoir copié sans vergogne sur leurs voisins européens.
La plupart des villes ont été renommées par leurs conquérants suivants, l’exemple le plus probant étant celui de la Nouvelle Amsterdam devenue New York dès que les Britons y ont planté leur drapeau. (Anecdote rigolote: les Néerlandais ont donc cédé cette bourgade aux Anglais en échange des îles Banda, un archipel volcanique de 44 km2 qui fait aujourd’hui partie de l’Indonésie. C’est un peu comme au Monopoly on vous proposait de troquer la rue Lecourbe contre la rue de la Paix et que vous répondiez tope-là). Brooklyn est donc, à quelques lettres près, une des seules rescapées de la carte originale de la Nouvelle-Néerlande.
De Nostrand à Stuyvesant, les noms hollandais sont donc légion dans mon quartier. Mais trêve de miscellanées, l’heure de la récré a sonné et je ne vais pas vous débiter toute l’histoire de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (si vous voulez vous perdre dans le vortex vous aussi c’est par ici). Tout ceci explique cependant la ressemblance frappante entre les hôtels particuliers en brownstone de Brooklyn et ceux des Pays-Bas. Depuis que je me suis rendu compte de ça j’ai l’impression d’habiter dans une version sous acide d’Amsterdam, avec moins de tulipes et plus de graffiti, et ça me réjouit.
