Hier soir dans le métro j’écoutais un podcast sur Michel Foucault (oui bon parfois c’est Garance Doré alors il faut bien compenser), et à un moment Laure Adler prend son ton pénétré et demande aux invités : « Mais qui était Michel Foucault ? ». Daniel Defert, qui était son compagnon et qui a fondé AIDES après sa mort, a commencé sa réponse en disant de Foucault qu’il était « un penseur ». Ca m’a séduite parce que ce n’est pas un mot qu’on utilise souvent, et puis parce qu’il a poursuivi en expliquant que Foucault était un homme désorientant : c’était une façon de retourner dans le bon sens un défaut qu’on appelle l’esprit de contradiction.
Qui était Michel Foucault ? Bon, je me moque de Laure Adler mais moi je venais de passer la soirée à répondre à une question similaire : « Tu fais quoi ? » ce qui ici revient un peu à dire « Tu es quoi ? » ou « Tu es qui ? ». En anglais j’ai tendance à faire comme beaucoup de New-Yorkais et dire simplement avec la voix de mon surmoi fantasmé, « I’m a writer ». Comme une personne sur deux est artist ou writer ici c’est limite si ça ne suscite pas un haussement d’épaules un peu las. Sauf que là j’étais avec des Français, et s’inventer une identité rêvée dans sa langue maternelle c’est plus compliqué. « Euh, je suis écrivain » – impossible à prononcer sans m’imaginer déguisée en Bernard-Henri Lévy pour une soirée costumée, ou catapultée illico sur le plateau de Bernard Pivot. En plus d’être insoutenablement pompeuse, donc, cette proclamation a le défaut de susciter une armada de nouvelles interrogations. « Et t’es publiée chez qui alors ? », « Et bien je viens de décrocher un contrat figure-toi, chez un petit éditeur qui s’appelle Tumblr ».
En écoutant la radio je me suis donc dit en toute simplicité, hop là Foucault et moi, même combat, à partir de maintenant j’ai qu’à me présenter par le biais de l’activité qui occupe 100% de mon temps éveillé, je suis penseuse et puis voilà. De toute façon c’est la réponse la plus proche de la réalité puisque l’entortillement de cerveau, c’est ma grande spécialité. « Ah, penseuse sur quoi ? Excellente question je vous remercie, alors mes services sont protéiformes et variés, ça va de “Quelles chaussettes je mets aujourd’hui à ton avis ?” ou “Je la commande avec ou sans œuf mollet ma tartine d’avocat écrasé?” (compter ½ heure de réflexion au bas mot) à “L’humanité court-elle à sa perte et si oui à quelle vitesse de croisière ?” (forfait variable selon l’heure de la journée – tarif moitié prix au milieu de la nuit) ». Si je facture un taux horaire décent c’est la fortune assurée.
