Grapefruit moon

Oui alors c’est une histoire de pamplemousse mutant que j’étais partie pour vous raconter quand, penchée au-dessus de l’évier industriel en métal du studio, les dents fermement plantées dans un quartier pour en rogner toute la pulpe délicieusement acidulée, j’ai eu une autre idée. 

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Ledit pamplemousse mutant vient de la Flatbush Food Coop, une coopérative alimentaire comme on en trouve partout à Brooklyn ces jours-ci. Jusqu’au jour il y a quelques années où j’ai découvert The People’s Supermarket à Londres, le mot coopérative ne m’évoquait que les associations de fermiers comme celles qui fournissent mon dealer de fromage favori à 5000 kilomètres d’ici. Les meules gigantesques de beaufort de celle que j’avais visitée près de ma Yourte savoyarde sont stockées ad vitam aeternam dans mon lobe pariétal, sur la même étagère que l’odeur de l’usine Réo de camembert.

Au supermarché du peuple, hélas, point de comté fermier – pourtant je veux bien mettre ma main à couper que si on avait consulté le peuple, c’est ce qu’il aurait demandé – mais beaucoup d’autres produits locaux, bios, jolis et délicieux vendus à prix cassés. La clé pour y avoir accès, c’est de travailler quelques heures par mois en tant que caissier, balayeur, étalagiste ou tout ça à la fois. Le principe est connu un peu partout, maintenant – “même à Paris!” diraient les snobs expatriés dont je fais, hum, peut-être partie – mais c’est ici – “évidemment!” – qu’il s’est développé. 

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Avant d’atteindre Barbès, la mode florissante des coops a commencé il y a quelques années dans un des équivalents new-yorkais de cet ancien ghetto devenu ultra-bobo: le quartier de Park Slope. Idéalement situé à l’ouest du plus grand parc de Brooklyn et au sud de la Mecque culturelle qu’est la Brooklyn Academy of Music, ce district est considéré comme un des plus désirables des Etats-Unis. Après avoir été le théâtre d’émeutes sanglantes dans les années 60, les rues boisées de Park Slope font plus penser aujourd’hui à une gravure du jardin des Tuileries: promenades dominicales avec landaus, poussettes et bicyclettes, c’est tout juste si les canotiers et les noeuds pap ne sont pas de sortie.

Et une fois par mois, hop, chacun sort de son brownstone classé, enfile son tablier et va transporter cageots de patates et caisses d’Ajax dans les rayons du supermarché. Les lois qui régissent cet endroit sont drastiques: accès réservé aux membres qui bénéficient, en échange de leurs services, d’avantages mystérieux interdits au tout-venant. Toujours prête à mener une enquête digne du JT de TF1, je viens d’interroger une de mes indics sur le sujet (bon il se trouve qu’elle est assise à côté de moi – coucou Léa), et je vous livre en direct les résultats. 
– Eh, tu sais toi quel genre de tâche faut faire à la Coop?
– Oh, bah chépa, tu peux être préposé à la découpe du fromage par exemple…
Bon, sur ce, moi je vous laisse, j’ai un petit tour super urgent à faire

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