Rebirthing in the New Age

L’Executive Club de British Airways vient de m’accueillir parmi ses membres. Eh ouais. C’est ça la vie jet-set. On croirait pas comme ça en me voyant avec mes baskets, ma pelisse pelée en marmotte de mafieux russe désargenté et mes bracelets en toc d’écolière attardée, mais je fais partie des clients favoris de la compagnie aérienne préférée de sa Majesté. Je sais pas combien de temps ils vont mettre à se rendre compte de la mascarade que constitue une executive en chaussettes assise dans la position du lotus sur la moquette d’une salle commune au 4ème étage du Integral Yoga Institute. Une executive qui vient de prononcer sans une once de second degré la phrase “Do you know a good âshram?”, et de noter consciencieusement dans son cahier le nom d’un gourou recommandé par un moine aux cheveux longs nommé Swami Asokananda. 

“I can’t on the 28th, I have a gong bath". Cette fois ce n’est pas moi mais Lakshmi qui a dit ça à sa voisine de canapé, une New-Yorkaise aux ongles bleus manucurés, dévorant à même le pot de la glace Ben & Jerry’s certifiée sans produits laitiers. Les conversations vont bon train autour du déjeuner végétalien du jour. “If you’re a salt consumer, try Real Salt®”, recommande un convive à un autre devant les navets rôtis au miel, tandis qu’une femme harponne la cuisinière pour lui demander ce qu’elle a mis dans ses choux-fleurs. “Crack cocaine?” ai-je envie de suggérer, mais je ne suis pas sûre que la blague soit appréciée. Quoique – je me trompe peut-être sur la punkitude de mes nouveaux amis yogis. Une petite mamie vient de me complimenter sur mes cheveux en me suppliant de ne surtout pas décolorer mes racines à nouveau: “It looks beautiful just like that!”

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Bref, tout le monde est beautiful et on est assez loin des traders aux dents longues d’American Psycho – même dans la version comédie musicale qui vient d’ouvrir sur Broadway. Les titres alignés dans la bibliothèque devant moi vont du Bhagavad-Gita à des encyclopédies de mandalas, et des prophéties de Nostradamus à une somme invitant le lecteur à renaître dans le New Age. J’étais plongée dans la contemplation des photos jaunies d’un album étiqueté 1970s que je venais de trouver sur une étagère, lorsqu’un autre karma yogi est entré. C’est Steve, il travaille à la cuisine et quand on s’était rencontré sur le toit de l’immeuble jeudi dernier, il m’avait expliqué qu’il avait quelques petits soucis à gérer: “I just gotta deal with some karmic issues, you know?”. Euh oui, I know. Et donc Steve vient de demander, au sujet de ma marmotte accrochée dans l’entrée, “Is this your coat?”. Quelqu’un avait laissé un mot. 

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Ohlala. Je sens qu’en termes de karmic issues je suis tombée à peu près aussi bas que Patrick Bateman, là.

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