Je suis allongée sur le ventre dans la moquette moelleuse en plein centre d’une pièce carrée. Il y a du bruit blanc qui sort de gros hauts-parleurs aux quatre coins autour de moi, mais à part ça rien n’est blanc à cause du plexiglas rose que quelqu’un a collé sur les carreaux. A travers la fenêtre colorée je vois sur le toit de l’immeuble d’à côté le chapeau pointu d’un château d’eau. Il y a de l’encens et une sorte d’autel sur lequel quelqu’un a posé une grande photo d’un Indien enturbanné. Anelise est là aussi, accroupie face à la fenêtre avec son cahier, on dirait qu’elle décrit ce qui se passe dehors – parfait, ça m’évite d’avoir à me lever pour le faire. Dans le couloir qui mène ici depuis le palier un néon rose et bleu annonce aux aventureux visiteurs, comme dans une version disco de l’Enfer de Dante, qu’ils entrent dans la Dream House.
Les rubans de carton suspendus au-dessus de moi sont comme des morceaux de bolduc qu’on aurait fait friser avec des ciseaux pour des cadeaux de Noël géants. Ils changent de couleur selon les angles et leurs ombres sur le mur écrivent des C majuscules enluminés. Un type a fait son apparition; il est assis derrière moi les jambes croisées. Il regarde fixement le mur devant lui avec les 4 C. Je m’allonge sur le dos en śavāsana; j’entends la voix du prof de yoga d’hier, son accent russe guttural et ses instructions pour la relaxation. Quand a-t-on l’occasion de s’allonger par terre dans un cube rose avec un bourdonnement dans les tympans? Est-ce que si je recouvre ma fenêtre de plexiglas je ferai des rêves aussi étranges qu’une installation de LaMonte Young?
