Hier soir en sortant du yoga je suis passée faire un tour dans une petite épicerie du quartier qui vend notamment de la tomme affinée à Chattahoochee Hills près d’Atlanta, du miel infusé au chili (“le condiment le plus versatile de la terre” selon le site du fabricant), de la glace au beurre de cacahuète avec des morceaux de bretzel dedans, du thé Genmaicha japonais fait par des Anglais et renommé Popcorn tea pour le marché américain, et des chips au fromage consistant entièrement de parmesan.

J’ai fait le tour réglementaire dans les allées de cette caverne d’Ali Baba pour les aventureux alimentaires, et puis j’ai vu le rayon fruits tout coloré et je me suis dit, bingo, c’est ça qui me fait envie. Il y avait des nectarines et des Asian pears, “great for hangovers” d’après l’écriteau, et des fruits rouges dans un frigo. Il me restait pile 9 dollars dans mon porte-monnaie donc j’ai demandé au type de peser un sachet de cerises et de me dire combien ça coûterait de prendre ça et une bouteille de kombucha au piment de cayenne.
En attendant que le caissier fasse ses calculs mes pas m’ont dirigée vers le fromager, à qui j’ai demandé si je pouvais goûter la tomme de Chattahoochee Hills (parce que j’ai habité dans la région, parce que c’est un de mes fromages préférés, et puis surtout pour le nom). Il m’a filé une micro-tranche si fine qu’on voyait à travers, je me suis dit eh ben on n’est pas dans la corne d’abondance du marché de Royan ici, et j’ai goûté. Pas mauvais mais à 25$ la livre soit près de 50€ le kilo, je préfère encore économiser mes deniers pour me téléporter.
Alors que je réfléchissais à cette histoire de téléportation en essayant de déterminer ma destination (Marché Saint-Quentin? Fromagerie Didière? Léon d’la Savoie? Quelle heure est-il en France bon sang ils doivent tous être fermés), le caissier est revenu me voir. 6,50$ pour le kombucha, bon, ils ne s’emmerdent pas, et combien pour les cerises? Sa langue a dû fourcher, ah non c’est bien ça, pardon – 22$. Et sinon une nectarine? Ah ok, 6$. Lorsque j’ai dit au caissier qu’en fait non il m’a répondu d’un air rigolard, sage décision.
Du coup je me suis rabattue sur un itinéraire gastronomique dans le quartier. Une part de pizza au fromage à la sortie du métro Nostrand Avenue (0,99$), un Sausage McMuffin du All Day Breakfast Menu au McDo d’à côté (1$), un Beefy 5-layer Burrito au Taco Bell de Flushing Avenue (1,59$), et puis, une fois cet apéro englouti, j’ai investi les 5$ restants dans un repas complet chez KFC: deux cuisses de poulet frit, un bol de purée, un Pepsi, un petit pain au beurre et un cookie.

Je rigole évidemment. En réalité j’étais super fatiguée, je portais des vêtements de yoga qui s’apparentent plus à un pyjama, il venait d’y avoir une tempête et le ciel ressemblait à un tableau de Turner, bref je n’avais qu’une envie c’était d’être au lit. Hélas ceux qui connaissent mon cerveau de bulldozer savent que lorsque j’ai une idée, j’y reste plus accrochée qu’une bernique à son rocher. Mon vélo m’attendait dehors. Je l’ai enfourché et je suis partie braver le vent déchaîné pour explorer un à un tous les supermarchés du quartier.
Suspense terminé : à 20h30 j’étais au paradis dans mon lit avec un bol de cerises juteuses dont le goût sucré était parfaitement relevé par les épices de mon kombucha glacé. C’est une histoire banale mais que j’avais quand même envie de raconter parce que 1) c’est un fucking crazy country aussi, et 2) la vie d’expatrié est faite de surprises réjouissantes ou exaspérantes, et de mini-combats. Spéciale dédicace à mon frère Grodu qui a passé une journée à arpenter Londres en quête du saint Graal: un casse-noix.
