Who are you?

Ce qui est bien avec la petite tâche herculéenne ou sisyphesque que représente un dossier de candidature pour un visa de travail américain, c’est que ça permet de faire un bilan de vie. Qui suis-je, que veux-je, qu’ai-je fait, où vais-je? Beaucoup de questions dont les réponses vont déterminer à quelle sauce – ketchup Heinz ou moutarde Maille – je vais être mangée pendant les trois prochaines années. 

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Or l’USCIS – c’est le petit nom du service de Citoyenneté et d’Immigration – rigole encore moins que Julien Lepers dans Questions pour un Champion. Une hésitation et couic, finito, on repart direct à fond de cale sur le premier paquebot sans même passer par Ellis Island ou par la case départ à 20,000 dollars. Autant dire qu’il faut avoir les nerfs bien accrochés et la confiance en soi du capitaine du Titanic (pré-carambolage en tout cas). 

Ah oui car j’oubliais de préciser: le visa pour lequel j’ai eu la riche idée de postuler, le O-1B, est celui qui salue les individus dotés d’“extraordinaires capacités”. Il s’agit donc non seulement de demander à un certain nombre de gens – eux-mêmes de préférence connus dans le monde entier – d’expliquer que oui, oui, on est bien un génie; et puis une fois que cette tâche embarrassante est accomplie, il ne reste plus qu’à le prouver.

Le portfolio que je suis en train d’amasser telle une fourmi transportant une noix de coco sur son dos doit donc inclure, selon les termes employés par Alejandro, “toute publication ayant un lien même lointain avec vous ou tout ce dans quoi vous avez été impliquée”. Je suis à deux doigts d’inclure le procès-verbal dans lequel je déclare à un policier le vol d’un “collier en perspex rouge à paillettes en forme de homard”! 

Blague à part – et surtout une fois le point #firstworldproblems souligné – je crois que c’est la chose la plus difficile que j’ai faite de ma vie, et il ne se passe pas une journée sans que j’aie envie de disparaître dans un trou noir. Non sans avoir d’abord fait un feu de joie avec les 237 pages de ce dossier à ma propre gloire. Heureusement il y a d’une part à mes côtés la O-1B connection formée par mes copines extraordinaires qui m’assurent quotidiennement que ça va aller…

… Et d’autre part, mes alter egos dotés sinon de capacités extraordinaires dans le domaine des arts, du moins de métiers admirables et/ou invraisemblables dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence sans cette affaire de visa. Après de longues minutes passées à balayer les souterrains poussiéreux de Google, j’ai en effet déniché deux publications n’ayant vraiment aucun rapport possible avec moi, vous en conviendrez: 

1) ici, une Hélène Muron de l’Association des Paralysés de France, qui “apprend aux jeunes gens de l’institut
à cuisiner, utiliser les appareils électroménagers
ou lire les factures”. Ce double – auprès de qui j’envisage sérieusement d’aller faire un stage – nous signale en passant que “si la vie quotidienne n’est pas appréhendée, un projet professionnel peut
échouer”. 

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2) et , une Hélène Muron Seine-et-Marnaise, qui partage manifestement avec la précédente une passion pour les chiffres puisqu’elle occupe le poste de Trésorière Adjointe du Club Aquatique et Natation à Saint-Fargeau-Ponthierry. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ces deux copycats soient une seule et même personne puisque celle-ci ne travaille même pas trente-cinq heures par mois!

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En réalité, je ne serais pas mécontente de savoir que pendant que deux Hélènes Murons triment, la troisième se la coule douce au bord d’une piscine. Et surtout, la prochaine fois que j’aurai envie de me lamenter, je tâcherai de penser à ma pauvre homonyme qui est sans doute en ce moment même occupée à se livrer à une démonstration de type “Remplir sa déclaration d’impôts en Braille” ou “Comment passer l’aspirateur en fauteuil roulant”.

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