You’re in Canada now

Certes, je me balade depuis une semaine avec un gros sweat gris floqué du fameux logo créé spécialement pour les troupeaux de touristes de Times Square, et la tête surmontée d’une casquette clamant haut et fort mon allégeance à mon borough favori en lettres de paillettes. Il faut bien ça pendant cet exil temporaire au Canada pour ne pas oublier d’où je viens et où j’ai bien l’intention de retourner dès l’obtention de mon visa. 

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Est-ce vraiment une raison, amis Canadiens, pour m’expliquer chacun, un par un, que bon, New York, c’est bien, mais pas non plus the cat’s pajamas? Car oui, 1. en anglais, pour parler de quelque chose qu’on estime plus que tout on dit, en toute logique, que c’est le pyjama du chat, et 2. je ne peux pas faire un pas dans ce pays sans entendre du coin de l’oreille une voix qui fait l’apologie du Canada.

Tout a commencé le lendemain de mon arrivée à Niagara, lorsque, après avoir goûté le parfum sirop d’érable, j’ai opté pour une boule de glace à la saveur beurre de cacahuète. Et comme pour aggraver mon cas, j’ai aussitôt clamé à haute voix “OHMYGOD THAT’S THE MOST AMERICAN THING I’VE EVER EATEN”. La rétribution n’a pas traîné. “HEY! YOU’RE IN CANADA NOW”, m’a dit l’employée d’un ton qui ne rigolait vraiment pas.

“If you die in Canada, do you die in real life?” m’a demandé mon amie Henar d’un ton plus rigolard un peu plus tard. C’est pour son mariage que je suis venue ici mardi dernier, mais comme son nom l’indique Henar est espagnole, tandis que son ancien fiancé et nouveau mari est un Zimbabwéen nommé Simba. A l’abri de leur voiture, on pouvait donc se permettre ce genre de plaisanterie sur le pays, mais à l’extérieur, surtout pas! 

Quelques jours après, j’étais dans une autre automobile, entourée exclusivement d’autochtones cette fois-ci, lorsque j’ai commis mon deuxième impair. “Pourquoi tes parents se sont-ils installés à Winnipeg?”, a demandé un Canadien à un autre tout à fait sérieusement. J’ai interrompu la conversation pour dire en gloussant: “Car c’est le nom de ville le plus mignon de la terre!”. Silence consterné autour de moi et regards lançant des éclairs.

C’est que le Canadien est encore plus susceptible, si c’est possible, que le Corse Ocatarinetabellatchitchix dans Astérix. Depuis une semaine que je suis ici, j’ai suivi une formation digne de l’Actor’s Studio afin de pouvoir répondre en mentant éhontément et sans ricaner à la question suivant systématiquement le petit laïus sur mon visa: “Et sinon, tu n’as pas tu envie d’immigrer au Canada?”

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Afin de perfectionner mon baratin sur ma future demande fictive de visa canadien, j’ai consulté le petit guide d’étude “Découvrir le Canada” qui traînait sur la table basse des amis (français) qui m’accueillent à Montréal. C’est pas mal, mais un peu incomplet. Par exemple, après “Quelle est la ville la plus peuplée de la Saskatchewan?” ils ont oublié d’ajouter “And if you die in SASKATOON, do you die in real life?”

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