Toto, I’ve a feeling we’re not in Kansas anymore, ai-je dit à mon petit frère samedi dernier en pénétrant avec lui de l’autre côté de l’arc-en-ciel, c’est-à-dire dans le pays magique de l’épicerie Julhès rue du Faubourg-Saint-Denis. J’étais à Paris depuis 12 heures exactement et je m’étais déjà enfilé une burrata pour le déjeuner. Après m’être enquise de la texture exacte de chacun des fromages qui me faisaient de l’oeil derrière la vitrine, et avoir eu subséquemment droit à de généreuses portions de dégustation, j’ai d’abord opté pour les variétés rangées à l’extrémité. 

“Avez-vous du gouda de chèvre?” (J’ai découvert ça chez Whole Foods et à 35$ le kilo, autant dire que j’avais savouré mon micro-morceau) “Non? Ok, alors l’autre animal, là, euh, du gouda de mouton?”. Le mec m’a soufflé “Brebis” très poliment tandis que Grodu s’éloignait discrètement jusqu’à l’autre bout du magasin. Lorsqu’il est réapparu à côté de moi, j’étais à la caisse en train de payer. “OHMYGAD GRODU REGARDE, du Nuits-Saint-Georges à 12 dollars!”, me suis-je écriée telle une touriste américaine en pleine crise d’hystérie chez Ladurée.

Le jour de mon arrivée pourtant, je n’avais pas l’impression d’être si déphasée. J’ai été accueillie par des amis chéris, des cadeaux roses, doux, dorés et sucrés et une overdose de vin, de fromage et de baguettes variées. Je me suis promenée dans mon quartier chéri et j’ai regardé avec des coeurs dans les yeux les façades des immeubles haussmanniens et les jolis Parisiens aux terrasses des cafés. Ce n’est qu’au fur et à mesure que je me suis rendu compte à quel point mon pays d’adoption avait déteint sur moi. 

Je passe mon temps à engager la conversation avec des random strangers qui me dévisagent tous comme si j’étais complètement frappée. La fermeture (nocturne / dominicale / tout le mois d’août!!!) des magasins est un concept qui m’est totalement étranger. Je suis prête à payer n’importe qui pour n’importe quoi, y compris aller faire la queue chez Orange pour moi ou se taper une mission Ikea. Sauf que we’re not in Kansas anymore et je doute donc de trouver preneur pour ces petits boulots très en vogue de l’autre côté du rainbow.

Heureusement, outre le fromage de mouton et le Nuits-Saint-Georges il y a une chose dont sont dotés les appartements ici et qu’on n’apprécie pas suffisamment. Le lave-linge personnel! Miracle de la technologie dont seuls quelques richissimes élus sont pourvus à New York, à cause de sombres histoires de réservoirs situés trop haut, et de risques de procès pour dégâts des eaux. Après dix mois à fréquenter les monstres du Lavomatic dont les seules fonctions sont BRÛLANT-VOULEZ-VOUS-FAIRE-RETRECIR-TOUS-VOS-VETEMENTS ou GLACIAL-A-QUOI-BON-LES-LAVER-DE-TOUTE-FACON, j’ai donc atteint le septième ciel trois ou quatre fois rien qu’en faisant défiler frénétiquement sur la roulette les quinze programmes de ma machine à laver adorée.

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