We found love in a hopeless place

Accroupie à dix centimètres de la cuvette de mes toilettes, j’écoutais Rihanna en alignant telle une manutentionnaire maniaque des Tampax dans une boîte en fer-blanc lorsque ça m’est tombé dessus. Tout d’un coup je me suis dit, il y a huit personnes parmi celles que j’estime le plus au monde qui signent des lettres pour moi les yeux fermés, huit autres que je connais depuis moins d’un an et qui sont prêtes à me promettre monts et merveilles ou du moins s’engager à me verser un salaire mirobolant. Bientôt ces boîtes en fer-blanc où j’ai rangé tout ce dont je n’ai pas besoin pendant les neuf prochains mois seront loin. Bientôt je serai en train de donner libre cours à mon trouble obsessionnel compulsif dans une autre salle de bains. Quelle joie.

Un peu plus tard, j’étais assise à califourchon sur le dossier de mon canapé en train de plier mes marinières préférées le long des rayures et j’arborais fièrement un vieux t-shirt France Telecom annonçant sur le devant “Bienvenue dans la vie.com”, lorsque ma marraine m’a dit au téléphone, “Tu es en pleine forme”. Je voyais le ciel bleu par les deux fenêtres ouvertes et le vent qui agitait les feuilles des plantes vertes et je me suis dit c’est vrai que la vie, .com ou pas, est quand même assez sympa. Bon ensuite j’ai visé en bas de mon champ de vision, dans l’espace entre la commode et le canapé, le sachet de mort-aux-rats avec son trou béant et la colonie de crottes laissée à côté pour me narguer.

La bave du crapeau n’atteint pas la blanche colombe perchée sur son dossier. J’ai relevé la tête et mes yeux sont tombés sur la vieille caisse de vin estampillée Caves des Gobelins où je range mes DVD. Au-dessus de l’adresse sur le côté on distingue encore les lettres pas très alignées écrites au feutre il y a longtemps: “BATEAU-MAISON-CAISSE-BARBIE”, et un peu plus bas en minuscules: “Hélène Muron”. Boum, en voyant mon nom, nouvelle épiphanie doublée cette fois d’une légère crise de mégalomanie. J’ai revu mon moi de huit ans et demi et je me suis dit, eh ouais mon petit, c’est à toi ça. Et le gigantesque bateau-maison-caisse-barbie avec son canapé rose et ses crottes de souris est à toi aussi. 

Oui oui, et à mon banquier aussi pendant encore une dix-huitaine d’années, ne vous inquiétez pas les rabat-joie je ne vous oublie pas. Mon banquier non plus je ne l’oublie pas, d’ailleurs je vais le voir demain pour renégocier mon crédit pour la deuxième fois, toute seule, comme la première fois, et comme le jour où j’ai signé le contrat. Mon moi de huit ans et demi, qui savait très bien ce qu’il voulait (tout, tout de suite et que ce soit entier) et qui n’hésitait pas à l’écrire jusqu’à ce que ça devienne vrai, est assez satisfait. C’est du boulot de vouloir tout, et quand on l’obtient ça fait des jaloux, alors il faut savourer la félicité lorsqu’elle vous tombe dessus, et prendre le temps de se féliciter parfois. 

Il me reste quatre jours et quatre nuits dans mon bateau-maison-caisse-barbie avant de le céder pour neuf mois à mon ami Mike qui vient terminer son PhD à Paris. Je ne sais pas si j’aurai mon visa – je ne peux que croiser les doigts et compter sur Alejandro et sur les 460 pages de mon portfolio -, ni si je serai de retour à temps pour vider ma chambre de Bed-Stuy avant que le propriétaire vende l’appartement, ni où j’irai poser mon sac de voyage doré en attendant, ni si je suis capable de vivre de ma plume vraiment, mais ce que je sais c’est que dans ma tête je suis fin prête à repartir aux Etats-Unis pour enfin entamer ma carrière de gourou-écrivain-psy-barbie. 

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