Aux armes etc.

Ca y est c’est la Fashion Week ici – le seul moment de l’année où dans le centre de Paris on croise des looks aussi barrés que ceux des New-Yorkais. Vêtements trop grands style japonais, imprimés bariolés et sculptures capillaires – enfin un peu d’air frais dans la grisaille vestimentaire des Parisiens. D’habitude à chaque fois que je monte dans un wagon de métro, rien qu’avec mes cheveux à moitié jaune fluo j’ai l’impression d’être une déglingo.

Bon, je critique ces 50 nuances de gris mais même ma garde-robe a fini par céder à la monochromie. Eh oui, depuis que je suis rentrée j’ai une triste tendance à laisser le fuchsia au placard, et même dans les jours de folie je ne me pare plus guère que de léopard. L’autre jour, j’ai bien failli sortir en mocassins, et aujourd’hui tenez-vous bien, j’ai poussé le vice jusqu’à m’acheter un jean noir. Et dans une taille presque ajustée par-dessus le marché. 

Heureusement, il reste un peu d’espoir. Telle que vous ne me voyez pas je suis à la bibliothèque tout en noir, et je viens de dégainer Rouge Allure et miroir pour me remaquiller en loucedé. Si si, je vous jure. L’étendard sanglant est totalement levé. Bon en réalité, on est plusieurs à faire mutinerie, car même sur les cintres d’Agnès B ou sur les vendeuses d’APC aux lèvres assorties, il reste un coloris qui s’élève contre la tyrannie: c’est celui des bonnets de Phrygie. 

Oui, ce que je trouve mignon chez les Français, c’est cette passion qu’ils ont pour la révolution. Toutes ces manifestations nous font parfois passer outre-Atlantique ou autre-Manche pour des guignols jamais descendus de leurs barricades depuis Les Misérables, mais on s’en fiche pas mal. On se battra jusqu’à la mort pour notre droit inaltérable à go commando ou à remonter les Champs-Elysées en vieille deux-chevaux

Parfois se moquer c’est rigolo, et parfois on se sent – déjà, à 32 ans – un peu comme les soixante-huitards qui votent Sarko. Samedi, je suis allée au cinéma voir le dernier film de Bertrand Bonello. Pendant 2h10, Nocturama suit une bande de “jeunes” (au secours, ce mot – j’ai l’impression d’être ma grand-mère) qui organisent des attentats. On ne sait pas grand-chose sur eux sinon qu’ils viennent d’un peu tous les milieux sociaux et qu’ils sont tous beaux. Pourquoi ils décident de faire ça? L’histoire ne le dit pas. Ils font même flamber la Jeanne d’Arc de la rue de Rivoli, peut-être juste parce que c’est joli. 

Il y a des critiques qui disent que c’est vide, naïf, creux voire dangereux de montrer ça dans la France post-Charlie Hebdo. Moi, la pseudo-punkette born in la Clinique de la Muette, j’ai adoré. C’est un film très radical, plein de partis pris formels et esthétiques, et surtout au message difficile à ignorer: il y a des gens qui se sentent rejetés par la société pendant que d’autres font la loi et surtout n’importe quoi en toute impunité. Et vous, à quoi vous pensez pendant que des gamins révoltés se serrent les uns contre les autres dans un grand magasin plein de flacons de parfums?

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