“All the sins are there”, dit l’écrivain néerlandais Cees Nooteboom au sujet du Jardin des délices, le triptyque de Hieronymus Bosch dans lequel on peut par exemple assister à une scène de copulation dans une moule démesurée. Tous les péchés capitaux illustrés en un tableau – hop, pour la fonction cathartique c’est bien pratique.
Dans un documentaire qui vient de sortir sur le Jardin des délices, plein de gens connus s’agitent autour de ces scènes d’orgie et de tragédie. “What happens is madness”, dit Nooteboom à un moment. Aujourd’hui, la folie c’est fini. On est beaucoup plus modérés, on a appris à faire semblant que plus personne ne commet de péchés.
Je suis revenue à New York avant-hier. Depuis le 8 novembre on m’a plusieurs fois demandé, “Tu n’as pas peur d’y retourner?”. On m’a dit aussi comme pour me rassurer, “De toute façon là où tu vas, ce n’est pas l’Amérique”. Alors déjà il en faut plus que quelques urnes truquées pour m’effrayer, et puis j’ai envie de rétorquer, mais qu’est-ce que vous croyez?
“They thought we had outgrown the deadly sins”, dit l’écrivain britannique Hilary Mantel au sujet des bien-pensants qui sont encore tout surpris par le résultat des élections ici. “Qui donc a voté pour lui?”, se demandent les libéraux. Ca ne peut être que des dégénérés, comme ceux qui font l’amour avec des animaux dans le tableau.
Ce qui nous terrifie aujourd’hui, ce n’est pas l’épouvantail au visage orange. Lui, c’est un fétu de paille. “She had to get a dog – she couldn’t take it”, m’a dit Kim hier au sujet de sa voisine Holly, tellement traumatisée qu’elle s’est acheté un animal de compagnie. Holly est lesbienne et ses propres parents ont voté pour Trump. J’espère pour elle que c’est un Cerbère.

