When in Rome

Quand on vit à l’étranger on peut passer des jours entiers à se dire Ils sont fous ces Romains ils peuvent pas manger du pain et fumer en terrasse comme tout un chacun? Bon, ces jours-ci je délaisse les Gauloises pour les American Spirit et la baguette pour les galettes de maïs, mais il ne se passe pas un jour sans que je me dise “Rogntudju, ils sont où leurs bar PMU?”

La liste longue comme un jour sans pain des choses qui me manquent à l’étranger, ça fait dix ans que je l’ai commencée. Satanés rosbifs, au lieu de leurs 25 variétés de cheddar ils pourraient pas nous faire même un élémentaire comté fruité? Ensuite j’ai découvert le Stilton et le Biryani et le Welsh rabbit et le Kedgeree, et j’ai fait la paix avec les Anglais.

Et puis je suis rentrée au pays, et quand j’en ai eu assez de ces satanés Frenchies avec leurs 25 variétés de comté, je suis repartie. Sauf que cette fois j’ai choisi un endroit où l’on trouve tout Paris, tout Londres et même le monde entier – mieux que la Samaritaine et la Grande Epicerie du Bon Marché réunies.

A New York, pays de cocagne construit par des expatriés, on peut dégoter autant de variétés de comté que chez mon fromager préféré du marché Saint-Quentin. Et sans lactose s’il vous plaît? Yeah, okay. Putains d’Amerloques qui ne reculent devant rien. Et de l’époisses? Yeah, okay, pourvu que vous soyez pourvu d’une belle liasse.

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En devenant copine avec Chantal, la fromagère de l’équivalent new-yorkais de la Grande Epicerie, j’ai même obtenu du roquefort à moitié prix. Du coup, ces jours-ci, je commence beaucoup moins de phrases par Rogntudju. Mais alors vendredi, vous m’auriez vue. Une journée d’errance frénétique dans les boutiques et j’étais à deux doigts de renoncer à mon visa.  

Le premier item sur ma liste d’achats, c’était du hōjicha. J’ai découvert ça il y a un an et demi, quand je venais d’arriver, chez le Japonais qui a fabriqué mon futon bien-aimé. C’est du thé vert torréfié, un peu boisé, doré, bref, quand je me suis levée épuisée après avoir travaillé une bonne partie de la nuit j’ai su que c’était ça qu’il me fallait pour traverser la journée.

Bon, du hōjicha, hop là, un tour chez Dainobu sur la sixième avenue et c’était résolu. Un petit mochi au matcha pour me donner de l’énergie, et j’ai filé m’atteler au deuxième item avant de rentrer fissa m’installer sur mon canapé avec une tasse de thé. Fissa? Haha. Trois heures plus tard j’étais à bout de nerfs, en train d’arpenter les magasins avec mon hōjicha à la main.

Bon, ne vous en faites pas, cette histoire longue comme un jour sans thé vert se termine bien. Il en faut plus que ça pour décourager une tête de mule comme moi. Après avoir failli pleurer dans les bras du vingt-cinquième vendeur qui m’a fièrement emmenée voir ses vingt-cinq variétés de bouilloires, j’ai fini par trouver à Chinatown au fond d’une étagère. Une putain de théière.

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