Margherita

“Le monde court à sa perte” ai-je déclaré en laissant une larme s’écraser pathétiquement sur le menu plastifié. A l’époque, on était mardi soir, il ne s’était encore rien passé de tragique outre-Atlantique, et ce qui m’avait mise dans cet état c’était une simple envie de pizza. Eh oui je suis comme les Tortues Ninja, moi: avec la Margherita je ne rigole pas. Avec l’état du monde non plus, mais parfois il faut choisir ses combats. En l’occurrence, mardi dernier, j’ai donc lutté pied à pied avec les pseudo-pizzerias de Dumbo (qui proposaient toutes soit une heure de queue dans le froid, soit MC Hammer à 120 décibels dans les oreilles, soit une déco à base de poulpes vert fluo) pour finalement atterrir dans un boui-boui de mon quartier qui s’appelle Tony’s. L’histoire ne dit pas de quelle partie de l’Italie vient Tony, mais ses pizzaioli, en tout cas, ne sont pas plus napolitains que moi. Lorsque j’ai demandé une Margherita avec mon accent français le cuisinier trapu qui m’a servie n’a pas compris. Il a reformulé avec son accent Mexicain à lui: “Ah, Margarita?”. Je lui ai dit oui, on s’est souri, et je me suis dit que tant qu’il resterait des habitants dans la tour de Babel qu’est New York City le monde foncerait peut-être un peu moins vite vers la zizanie. 

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