Il y a une fille de New York Magazine qui m’a demandé si je voulais bien raconter mon histoire de vagabondage transatlantique en parlant du contenu de mes valises. ‘Fringues, Frenchness & my love story with New York City? Easy!’, je lui ai dit. Elle a été servie. L’article que j’ai écrit a été publié sur internet aujourd’hui; il est comme ma vie, rempli de léopard et de paillettes, et plein de questions existentielles, comme ma tête.
http://nymag.com/thecut/2017/04/parisian-french-style-no-freedom-of-expression.html
Bon, au fil des corrections on a enlevé beaucoup de finesse et d’anecdotes rigolotes, et ajouté un titre pompier pour appâter le chaland – mais presque tous les autres mots c’est moi qui les ai choisis, et le contenu aussi. Je sais que je ne suis pas sur un podium à Los Angeles en train de recevoir une statuette, mais quand même je dois dire que cette affaire me rend aussi bavarde et mélodramatique que Kate Winslet, donc j’en profite pour discourir encore ici.
J’ai compris, comme souvent, plein de choses en écrivant, et pensé à plein de gens. Toutes ces femmes françaises qui m’ont transmis la magie des vêtements: ma grand-mère des villes, si flamboyante dans ses paréos Jean-Louis Scherrer, et ma grand-mère des champs, aussi douce que l’écharpe en mohair qu’elle m’a tricotée quand j’étais enfant; ma mère et sa robe fuchsia à la sortie de l’école et ses caftans indiens et ses escarpins Carel à sequins; ma marraine qui pour mes 32 printemps m’a encore emmenée aux Galeries Lafayette choisir une chose rose pour mon anniversaire; mes copines qui cousent des vêtements et fabriquent des chaussures qui sont comme des sculptures; et toutes celles qui savent bien que du rouge à lèvres ou des boucles d’oreilles c’est tout sauf superficiel.
Sophie Fontanel écrit que l’élégance l’a sauvée, et c’est cette image de la France que je veux garder – pas les détails d’une dictature du style à laquelle j’ai de toute façon du mal à me conformer. C’était difficile d’écrire cet article, de dire en rigolant, “J’ai l’air d’une extraterrestre parce que j’ai l’impression de l’être”. On parle de tout quand on parle de ce qu’on met sur son corps pour ne pas sortir nu, et il n’y a guère que l’empereur du conte d’Andersen qui peut se passer de ces questionnements.
Enfin voilà, je pourrais continuer toute la nuit mais je dois filer à une réunion de book club, parler littérature et peut-être chiffons aussi. Hier dans mon cahier j’ai écrit que les habits, c’est comme la poésie: ça ne sert à rien sinon à vous redonner goût à la vie quand elle n’est pas rose Schiaparelli. La poésie est partout ici, sur les sequins du Chrysler Building et les murs couverts de graffiti et les habitants aux cheveux aussi jaunes que les taxis. New York m’a juste appris à être plus poète, peut-être.

