Vivre sa vie comme un film de Wes Anderson, avec tous les moments de mélancolique absurdité et d’onirique beauté que ça peut comporter
Se raconter des histoires, comme dit Joan Didion, pour donner un sens à la narration sans rime ni raison qu’est notre vie
Cette histoire-ci commence dans un espace liminal non nommé, un an avant le temps présent.
Extérieur autour de l’heure bleue. Un hôtel style Grand Budapest, rose et blanc avec des balancelles sous le porche devant et des salles à manger aux plafonds décorés et de majestueux escaliers. Elle porte des fleurs blanches dans ses cheveux presque blancs aussi et une robe en soie rose pâle avec de la dentelle dessous, et elle marche pieds nus dans les herbes hautes du jardin, une coupe de champagne à la main. Elle est belle mais exsangue, et elle a les traits tirés, comme une Belle au bois dormant réveillée par une insomnie avant la fin de la nuit.
Toujours dans le jardin de ce grand hôtel plein de lits à baldaquins. Il y a une atmosphère de fête, ou plutôt de pré-fête, ce moment de calme plein d’espoir avant la tempête. Tout d’un coup, la foule, beaucoup d’animation et de conversations qui vont du coq à l’âne. On ne sait pas quelle langue tous ces gens parlent. Une Anglaise à grandes dents qui décrit son jardin potager en Australie, une Espagnole habillée en flamenca qui explique les règles de la scansion poétique, un Zimbabwéen en costume gris qui parle des mines de cobalt de l’Ontario, un Anglais en bermuda qui disserte sur ses variétés de cheddar préférées, et une autre Espagnole qui intervient pour dire qu’elle préfère le gouda au cumin.
Changement de décor inopiné, intérieur début ou fin de soirée, le ciel dehors est bleu nuit et étoilé. La fête est finie, peut-être, ou alors c’est un flash-back et elle n’a pas encore commencé. Malgré le ventilateur accroché au plafond de cette pièce peinte en blanc il fait très chaud, c’est un climat humide, comme s’il y avait des chutes d’eau à proximité. Des chutes d’eau? Elle est sous la douche, soudain, un jet d’eau glacée sur sa peau bronzée. Par la fenêtre ouverte on entend des voix s’élever. Le grand hôtel rococo rappelle plutôt l’Amérique du Nord, mais la chanson que les deux femmes entonnent dehors est à moitié en espagnol et à moitié en anglais.
Bande-son: Doris Day, Que sera sera
