Séquence d’introduction terminée, fondu-enchaîné. On est transporté dans un film d’Arnaud Desplechin, avec tous les moments poignants et les envolées psychanalytiques que ça peut comporter.
Intérieur jour, appartement haut perché avec vue sur toitures et ciel blanc-gris si typique de Paris.
Debout dans une cuisine, elle fait la vaisselle du déjeuner. Sur les plaques un peu déglinguées il y a une poêle avec, accrochés au fond, les restes d’une omelette aux champignons. Il paraît que c’est la saison. Derrière, dans le salon, il est allongé sur le canapé. Il fume et lit Libé. Ils portent des jeans skinny noirs assortis et des t-shirts froissés et des baskets; on dirait deux adolescents un tout petit peu ridés. Il y a beaucoup de tendresse dans l’air de cette pièce enfumée.
“Dis donc, ce jean, il te fait un sacré pétard!”
“J’aime bien quand tu parles comme Gainsbarre.”
Elle lui sourit sans se retourner. Dans ce film on n’a pas peur des clichés. Il se lève et tel Gainsbarre avec Jane il l’enlace par derrière, colle son corps fin au sien, l’embrasse dans la nuque tandis qu’elle continue à frotter les assiettes dans l’évier. Il passe la main sur son ventre, sous son jean, elle a un mouvement du bassin qui signifie bas les pattes, il s’écarte. Elle lui dit qu’elle a une bonne et une mauvaise nouvelle à lui annoncer.
“La vie m’est arrivée.”
“Qu’est-ce que tu veux dire par là?” (Il a l’habitude, déjà, de son langage pour le moins imagé. Il sait ne pas se formaliser).
“Je saigne. Ca ne m’était pas arrivé depuis des années. Du coup pour les jambes en l’air c’est râpé.”
“Oh tu sais, ce n’est pas la vie qui va m’arrêter.”
Un utérus interruptus qui se remet en marche d’un coup de baguette magique quand celle du prince charmant fait son entrée, ça n’arrive que dans les contes de fée, non? Bon, c’est pas grave puisque dans ce film on n’a pas peur des clichés.
Bande-son: David Bowie, When I met you
