Voilà
En le faisant
J’ai pensé
aux femmes qui couchaient avec des Allemands
Je me suis demandé si moi aussi j’en aurais fait autant
Oh, sûrement
J’ai pensé
aux femmes rescapées des camps
Est-ce qu’elles aussi je les ai dans le sang?
Non, pourtant
En le touchant
Je pense a la fontanelle de mon petit frère
Cet endroit de fragilité
que j’aimais frôler
J’ai une tête de vieillard ou de malade ou de nouveau-né
Est-ce pour me reconnecter a mon humanité?
Je pense aux punks à chiens qu’on voit traîner
Est-ce une façon de dire que je n’ai pas d’avenir?
Ce crâne rasé
Je tâte ma tête et je sens sa faiblesse
L’homme dont je suis amoureuse m’a aidée
Je lui ai confié la tondeuse
Il a tenu ma tête et l’a ratiboisée
Je lui ai dit tu vas là où aucun ne s’est aventuré
Il a souri
Il le sait, lui, que ce n’est pas ici que se niche
L’érotisme
Que l’érotisme peut se nicher dans un murmure
Susurré
dans une ouïe posée sur un crâne rasé
Que l’érotisme peut se trouver dans une caresse
Entre le duvet du crâne et celui des fesses
Je me dis – c’est la méthode Coué
Que je ne suis pas moins belle que Rapunzel
C’est la dernière armure qu’on se laisse
La chevelure
J’ai donné presque tous mes vêtements cet
été
Je me suis dit je n’ai pas besoin de me protéger
Je pense au cancer
Je me dis au moins si ça vient je serai parée
Ce crâne découvert
C’est le dépouillement ultime
Un ascétisme
Capillaire
En ce moment je lis Siddhartha
Je dessine la figure qui illustre la couverture
Plein de picots au-dessus du ciboulot
La boule à zéro
Il n’est pas nul, ce calcul
Il dit que je suis plurielle
Que je suis lui et elle
Que c’est pareil
Est-ce que Bouddha faisait de l’acupuncture?
L’histoire ne le dit pas
Une piqûre sous ma tonsure
Le sang affleure
Une blessure miniature
Je la touche du doigt
Un point rouge sous les picots bruns
C’est bien
La fille du guichet me connaissait
Peroxydée
Elle aussi arbore un crâne de bébé
I don’t need hair to love myself,
Dit-elle
J’acquiesce
En faisant à ma fontanelle
Une caresse
