« Elles n’ont jamais voulu être écrivaines, elles le sont devenues.
Pour la plupart d’entre elles ce fut un don ou plutôt une malédiction. Un harcèlement pour toutes.
Car écrire est un tourment perpétuel, une activité a part entière qui gangrène vos nuits et habite vos jours. Pas d’entracte ou la tension se relâche. Pas de répit ou la nécessité d’en écrire s’enfuit. Mme de Stael aurait tant aimé ne savoir que faire le thé et briller dans les conversations, George Sand écrire des programmes révolutionnaires pour Lamartine, sans que nul ne le sut, Marguerite Duras s’allonger l’été sur le sable devant les Roches Noires et s’endormir au soleil sans entendre ce que disaient a coté d’elle les petits enfants de la colonie de vacances pour, ensuite, retranscrire leurs paroles a sa manière.
Ca parle en elles. Tout le temps. Ca les harcèle. C’est un grondement continu; quelquefois, quand l’angoisse diminue, cela devient murmure, chuchotis; cela peut devenir aussi vacarme, sensation d’éboulement, fragmentation de l’être, désordre vénéneux, la perdition est proche mais jamais elles n’allumeront les signaux de détresse.
Elles n’en parlent pas. Elles le vivent et tentent, quand elles le peuvent, d’en écrire.
Seules elles sont. Elles le savent. Elles en souffrent. Mais elles assument ce dialogue intérieur qui, par essence, interdit la présence d’aucun témoin. A l’exception de Dieu, quelquefois, mais c’est rare.
Elles, ce sont celles qui écrivent. »
