
C’est le printemps aujourd’hui, ça mérite une sortie. Je descends avec Céleste jusqu’à Central Park où les promeneurs autour de l’étang semblent relativement insouciants. Pas de masques en vue; des bébés, des enfants, des adultes et même des personnes âgées assises sur des bancs comme dans Astérix en Corse. La comparaison s’arrête là: même l’été en plein cagnard New York a peu à voir avec la nonchalance odorante de la Corse. Sur le boulevard, ça sent plus la weed que le maquis.
Le soir, Paul m’explique d’un ton docte que le printemps est arrivé jeudi, année bissextile oblige. Jeudi, j’ai donc fêté l’arrivée réelle du printemps en sortant faire des courses chez Whole Foods – moins bucolique mais j’y ai acheté des asperges vertes donc ça compte peut-être. Dans le New Yorker que j’y ai trouvé à la caisse, Geoff Dyer relate la paranoïa croissante à LA et la déchéance de l’être humain qui, la fin du monde venue, achète du PQ. On se demande ce qu’en penserait Camus.
Plus tard, seule chez Paul, je lis Chez soi de Mona Chollet. Elle parle avec prescience de ce que vit la France: être confiné chez soi – à la différence que c’est pour elle un choix, et une source de jouissance. Je pense à Pascal – tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait demeurer au repos dans une chambre. Au lit, je lis L’amour au temps du choléra. García Marquez écrit que l’on confond les symptômes de l’amour avec ceux du choléra. Personne n’a encore osé écrire ça au sujet du corona.
