
Un jour, ma psy m’avait dit: “Vous ne croyez pas que parfois dans la vie il faut consentir?” J’avais répondu (dans ma tête ou à voix haute) (ça se confond): “Non. Il faut aussi des refuzniks”. J’avais enchaîné en parlant de Jeanne d’Arc, ou peut-être d’Antigone, mon autre héroïne. Les voix, pas dans ma tête mais bien réelles, se font de plus en plus pressantes. “Rentre. C’est une pandémie. L’Amérique a juste une semaine d’avance sur la France. Tu n’as pas d’assurance maladie.” Jusqu’ici, je n’ai pas consenti.
La dernière voix est celle de mon père, qui suggère à demi-mot que ce serait embêtant que je ne sois pas là pour assister à son enterrement. Il est avec ma mère au bord de la mer, où le risque le plus grave semble être celui d’une intoxication alimentaire avec une langoustine. Et après on s’étonne que ma fille soit un peu drama queen. En annonçant à Paul que je pars, je fonds en larmes. Il me dit d’une voix douce: “Rentrer en France, ce n’est pas si mal”. Je ne le contredis pas.
Il y a 10 jours, pourtant, je suis rentrée une première fois. Juste après avoir atterri à Roissy à 6 heures du matin, je reçois un texto d’Erin disant que Trump ferme les frontières pour un mois dès le lendemain. La perspective de rester coincée en France, “à la maison”, pour une durée en réalité indéterminée m’angoisse tellement que je reprends l’avion. Je franchis la frontière quelques heures avant minuit, avec le sentiment d’avoir échappé aux nazis. Drama runs in the family.
