Confinement, J2 / Paris

Réveillée par un rêve bizarre et une insomnie de jet lag. J’écris ce journal et me sens accablée par ma propre légèreté. Céleste dort, j’ai envie d’écouter une chanson donc je sors les écouteurs qu’on nous a donnés dans l’avion. On dort les uns contre les autres, on vit les uns avec les autres. On se caresse, on se cajole, on se comprend, on se console. On se déteste, on se déchire, on se détruit, on se désire. On s’est couchés fâchés (ça, c’est de moi, pas de Michel Berger).

En attrapant les écouteurs je repense au texte de Geoff Dyer dans le New Yorker qui décrit la propagation constante des microbes entre son téléphone, ses mains et le monde extérieur. Il y a de quoi finir comme Howard Hughes, enfermé dans une bulle aseptisée (si l’on est multimilliardaire, du moins). Megan, à New York, m’a raconté que sa famille lui avait envoyé de Hong Kong des lingettes désinfectantes et du papier toilette. J’ai ri à gorge déployée. En me lavant les mains, je regrette.

“C’est le confinement! On est obligés de bien s’entendre”, déclare Ambroise, rigolard. Au déjeuner, il me parle d’un article dans Le Monde sur un écrivain italien qui publie son journal de confinement. “J’ai décidé d’employer ce vide du Covid à écrire”, dit le type, car l’écriture selon lui ancre, leste. En essayant de faire une sieste, je pense à La jalousie de Robbe-Grillet, écrit du point de vue physique et mental d’un mari jaloux qui observe sa femme par la fente d’une persienne, caché. C’est le moment ou jamais d’écrire un remake.

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