Confinement, J9 / Paris

Dans un article dans Artforum Paul Preciado imagine que le confinement dure toute la vie. Selon son idée on est tous comme une Belle au bois dormant inversée, ou comme Truman dans le show et le film éponyme: enfermés pour toujours dans une autre réalité. Sauf qu’à la différence de la Belle du conte de fées, il n’y a personne pour nous sauver.

Paul Preciado a attrapé le virus, dans la vraie vie, et quand il a été guéri le monde était transformé. De collant, moite, amical il était devenu sec, froid, hygiéniste. Ceux qui étaient enfermés avec leur conjoint resteraient ensemble jusqu’à la fin, et – pire – ceux qui n’avaient jamais déclaré leur amour devraient désormais se taire à jamais. 

Vision cauchemardesque et à la fois si réelle. Le confinement n’est qu’une métaphore de ce que l’on s’inflige souvent. Est-ce qu’on n’est pas pathétique, avec nos ceintures de chasteté, nos muselières, nos œillères? Je me sens si confinée que j’ai même du mal à l’écrire. Les mots peinent à sortir. Tous me paraissent moisis, rances.

Paul Preciado a fini par écrire une lettre d’amour à son ex, qui lui a écrit aussi. Truman dans le film se rend compte que sa vie est un décor d’émission télévisée. La Belle est sauvée par un baiser. On ne sait pas comment sera le monde de l’autre côté de ce qui est en train de se passer, mais si plus d’amour circule, on aura l’air un peu moins ridicules.

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