Confinement, J15 / Paris

Deux semaines de confinement aujourd’hui, trois pour les Français. À la une du journal, ça parle déconfinement. Tous ces nouveaux mots qu’on n’avait jamais employés « avant ». Il y a des gens qui trouvent ce moment pénible et ont hâte que tout redevienne « comme avant »; d’autres qui prédisent, attendent, espèrent des changements massifs. Il y en a qui se demandent s’il faut annuler les vacances d’été.

Je suis sortie aujourd’hui, pas pour la première fois mais presque. On aurait dit comme dans la chanson d’Aznavour, Paris au mois d’août. Les larges avenues du 13ème, désertes; quelques boulangeries ouvertes; des affiches de théâtre qui paraissent obsolètes. On aurait même pu être il y a 10 ans, 20 ans, 30 ou 40 ans. On avait l’impression d’être dans le monde d’avant. Avant quoi? On ne sait pas.

The past is a foreign country, they do things differently there. C’est l’incipit de The go-between, un roman de l’écrivain anglais Hal Hartley. J’ai souvent le sentiment d’être décalée dans le temps, plus que jamais en ce moment. On vit dans une bulle, derrière de hauts murs, on ne voit ni la rue ni les habitants des immeubles avoisinants. On pourrait être n’importe où, n’importe quand. Je me demande où, quand, qui on est.

Bientôt on portera des masques, l’incognito sera total. Je n’ai pas trop envie de savoir ce qui se passe, je laisse Ambroise me citer des bribes du journal. C’est lui qui me dit que finalement les masques en coton faits maison sont pronostiqués pour ce fameux “déconfinement”. Il dit que ce serait drôle d’en avoir un avec une barbe de père Noël. On est en avril. Noël au balcon, Pâques au tison.

Je ne sais pas, personne ne sait ce qui se passera “après” le corona. Je doute que l’insouciance et les rues grouillantes reviennent immédiatement. Ce que je sais c’est qu’on est à la fois déjà “après”; et en même temps toujours “avant”. On vit dans une fissure temporelle où le monde est déjà irrémédiablement transformé, mais où il s’accroche encore au passé. C’est assez beau, ces vagues, cette marée.

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