Confinement, J19 / Paris

Ça y est, c’est le week-end! C’est une blague que j’ai vue défiler sur internet maintenant que tous les jours sont pareils. Oui, c’est drôle, mais on ne se défait pas en trois semaines de confinement d’un conditionnement ancestral. Un jour de pause dans la semaine, il n’y a pas que les religions qui vous le diront: ça fait du bien au moral et même à la concentration.

Là, surtout pour les Français grenouilles de bénitiers et/ou habitués à leur défilé de jours fériés printaniers et/ou toujours ravis d’une occasion de cuisiner, c’est spécial: c’est le week-end de Pâques. La cène, la passion, la crucifixion, la résurrection, Marie-Madeleine? Oui. Et aussi, rompre le jeûne du Carême et se ruer sur un gigot d’agneau bien confit suivi d’une orgie de Kinder. 

Hier, à la radio, une publicité pour l’agneau français est suivie d’une annonce formelle aux informations. Qu’on se le dise: hors de question de rompre le confinement pour aller festoyer en famille. Les flics seront plus impitoyables que jamais. Une amende de 135€ punira les rebelles. L’appel du gigot familial est une menace bien réelle, une marée humaine à maîtriser.

On n’est plus à une contradiction près: les chocolatiers, exceptionnellement, sont ouverts cette semaine. Un œuf en chocolat est certes plus facile à déguster en petit comité qu’un agneau entier. J’ai reçu un e-mail de ma glacière favorite (si vous n’avez pas de glacier favori permettez-moi de vous dire qu’il manque quelque chose à votre vie): trois parfums spéciaux seront prêts pour Pâques. 

Cette année, la semaine sainte catholique et le début de la Pessah juive coïncident. En France, le Crif a encouragé les fidèles à fêter la sortie d’Egypte sans sortir de chez eux. Pessah, comme Pâques, est une libération. Mercredi et jeudi, les Juifs confinés ont célébré le rituel du Seder sur Zoom et Skype et FaceTime. La diaspora favorise la connexion, je crois.

S’il y a une chose sur laquelle Ambroise et moi on s’entend, c’est la glace. Notre glacière favorite se trouve place d’Italie. Un email pour commander, un tour de vélo et c’était plié. Au lieu de poisson, on a commémoré le vendredi saint avec des pots de glace lemon curd et miel-pignons, offerts par la glacière. Le soir, pour le dessert, on a goûté le parfum spécial: chocolat noir Ben Trê.

La glacière est d’origine vietnamienne. Les fèves Ben Trê viennent du delta du Mékong. De la glace au chocolat du Vietnam dégustée le vendredi soir pour fêter la crucifixion d’un type en Galilée il y a 20 siècles, ça n’a pas beaucoup de sens, certes. Les rituels ne sont pas là pour faire sens: ils sont une assurance, une espérance. On se repose sur eux quand les choses changent. 

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