Confinement, J21 / Paris

Aujourd’hui, on a bravé l’interdiction de sortir pour faire une promenade jusqu’au jardin du Luxembourg. En passant devant un bouquiniste on a vu La peste derrière la vitre protégée par un grillage. « 10 balles pour une édition originale », a dit Ambroise. « Dommage ».

On n’a pas le livre dans la bibliothèque. J’aurais bien aimé le relire. Samantha m’a envoyé un article du LA Times qui en parle. La peste est pour Camus le mal en général, indifférencié et brutal: c’est la réaction des victimes qui compte, pas le crime. 

L’article résume: la peste se répand à toute vitesse à Oran, profitant de l’indifférence et de la paresse des habitants. Dans les rues à Paris cet après-midi, les gens étaient de sortie – nous y compris. Il faisait beau mais un vent glacé soufflait.

J’ai eu tellement froid que j’ai encore mal à la tête. Je me suis imaginé que j’étais punie pour cette sortie interdite et, comme les humanistes décrits par Camus, de m’être crue au-dessus du fléau, de n’avoir pas pris mes précautions. 

À 20 heures j’étais dans la rue encore, mais cette fois-ci en toute légalité, quand j’ai entendu la voix de Macron. Son discours était diffusé en grand écran dans un bar vide, porte ouverte. Sur une table devant il y avait un bol d’œufs en chocolat à disposition.

Le président a une coiffure de bon élève, et les paroles qui vont avec. Il compte le nombre de masques qui seront produits et se félicite, comme s’il s’agissait d’armes à feu. Comme si le virus n’était pas un adversaire bien plus pervers qu’une armée.

La question sous-jacente dans La peste n’est pas de savoir si le fléau est une allégorie des nazis. Le fléau est aveugle et sourd à tout raisonnement. On a l’air ridicule de dire en public: on le vaincra! C’est se croire plus fort que la nature, encore une fois.

L’auteur de l’article suggère que le virus sera peut-être un « great reset » pour nous tous. Comme dans La peste, où chacun est mis face à cette question: la maladie combat sans but et sans raison, et vous? Quel est votre but? Quelles sont vos raisons?

En dînant j’ai demandé à Ambroise: Comment tu te sens? Il m’a répondu: Sans but.

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