
Tu es lunatique, me dit Ambroise ce matin. Il adore m’attribuer des caractéristiques. J’ai répondu du tac au tac un truc lu sur internet: les femmes ne sont pas linéaires, elles sont lunatiques. C’était une manière de parler de nos cycles; pour moi qui suis de nouveau fertile depuis un mois cette phrase tombe à pic. Pour lui ce n’est qu’un prétexte bien choisi visant à dissimuler ma folie.
Sur internet, encore – notre meilleur ami du moment – une vidéo en direct d’Instagram, ce soir: la journaliste Lauren Bastide à qui on demande si elle est sereine répond du tac au tac, elle aussi. “Rester sereine, c’est vraiment quelque chose auquel j’ai renoncé. Il n’y a qu’une seule façon de rester sereine et c’est d’accepter qu’on ne peut pas l’être tout le temps”.
Jeudi dernier, une caisse est arrivée de New York pour moi, de la part de qui? Moi, pardi! Je me la suis envoyée de là-bas en mars. Dedans, il y a des cahiers qui décortiquent en long, en large et en travers la ville et ma vie et mes états d’âme. New York, ville rollercoaster, sert de miroir à mes montagnes russes émotionnelles habituelles.
En ce moment, sur internet (toujours lui), outre les nouvelles mauvaises d’où qu’elles viennent, on trouve une quantité effarante de memes, c’est-à-dire d’images virales, sur le virus. Do you see the irony here? Le confinement est un sujet favori, et notamment la confusion des jours de la semaine. Une même journée répétée à l’envi depuis un mois et demi.
Alors on dit que tous les jours sont pareils, mais moi je ne trouve pas. Moi, je ne suis pas là même aujourd’hui qu’hier, et demain aussi j’aurai changé. J’ai des constantes, une routine salvatrice (le matin, des surya namaskar, le soir, une promenade, la nuit, j’écris), et pour le reste, tout est mouvant. C’est à la fois épuisant et relaxant, d’accepter cette impermanence.
