
Encore une journée improductive. Improductive au sens où l’entend le monde capitaliste des 80s qui a un ou deux orteils dans la tombe. Pas grave, donc. Pourtant je me flagelle: si je n’ai pas produit de valeur au sens strict, alors je n’ai rien fait. J’ai lu, quand même, mais lire, est-ce faire? J’ai lu un chapitre de Chez soi de Mona Chollet dans lequel elle parle du travail domestique et maternel. Comme le travail intellectuel, il est invisible, inquantifiable. Pire que le travail intellectuel, qui reste, il est sans cesse à refaire. Céleste dort? Super! Dans une heure elle se réveillera, dans quelques heures au plus l’opération endormissement recommencera, et cætera, et cætera.
Au téléphone, Amélie me dit: Il faut se sortir de la tête l’idée de “réussir son confinement”. Si tu passes une journée entière à regarder une série, c’est totalement ok. J’acquiesce, je pense aux codes Netflix de mes parents que j’ai récupérés mais pas encore utilisés (les tempéraments addictifs comme moi font bien de garder les placards à bonbons fermés à clé) mais je ne peux pas m’empêcher de penser que je voudrais me souvenir toujours de ce que j’aurai fait pendant ce temps de confinement. Ce que j’aurai fait! Comme si vivre, être en bonne santé, profiter à plein temps de mon enfant, ne comptait pas. Comme si tout dans la vie était une ligne tirée d’une to-do list, une tâche à cocher.
La vie est trop courte! Phrase que je répète sans cesse à Ambroise en courant en tous sens comme un poulet sans tête. La vie est une to-do list!, a ajouté le poulet ce week-end, je ne sais même plus à quel sujet. Quand on venait de se rencontrer je lui avais dicté une liste intitulée: Choses sans lesquelles on ne peut pas vivre. J’avais commencé en disant: un four, et j’allais dûment continuer avec d’autres ustensiles ménagers qui lui manquaient. Lorsque je m’étais retournée il avait écrit: L’amour, les livres, les plantes, la gastronomie, la musique. Heureux Ambroise! Tout le monde n’a pas le sentiment que la vie n’est valable que si l’on est la première de la classe.
