
Il pleut il pleut bergère, rentre tes blancs moutons, rentre dans ta chaumière, bergère vite allons… J’ai chanté ça à Céleste ce soir lorsque dans les bras de son père elle a traversé le jardin pour rentrer dans sa chambre. Il pleut fort à Paris depuis le milieu de l’après-midi et le ciel est bien gris. Les fleurs qui poussent dans le jardin sont d’autant plus colorées et les plantes d’autant plus vertes. On a changé les draps du lit. Délice infini. Le confort compte en ce moment. Moi qui me vante souvent de n’en avoir cure, je ne suis plus si sûre.
Dans Chez soi que j’ai continué à lire aujourd’hui Mona Chollet cite George Sand disant qu’on peut classer les hommes selon qu’ils aspirent à vivre dans une chaumière ou un palais. Gaston Bachelard lui répond que nous avons chacun nos heures de chaumière et nos heures de palais. Ça n’a jamais été aussi vrai. Qui depuis le début du confinement n’a pas fantasmé sur une maison contraire à la sienne? Quel berger ne s’est pas fantasmé seigneur et vice versa? On voit nos voisins par les fenêtres, on est voyeurs de leurs vies.
Pour les spécialistes de la barrière par-dessus laquelle on inspecte la couleur de l’herbe du champ d’à côté (spoiler alert: elle est comme celle du jardin ici, plus verte), ce moment qu’on vit est un sacré test. Pour les Bovary en série, aussi. La machine à fantasmes est enclenchée sans aucune perspective de s’arrêter. Ah si, peut-être le 11 mai – mais pas tout à fait. Les princes pourront continuer à s’imaginer bergers et les bergères princesses. Et Céleste? Ah non, elle, elle est encore bergère et princesse à la fois, et ça lui va.
