Déconfinement, J9 / Paris

Voilà: huit semaines de confinement ensemble. Je le signale à Ambroise, qui me répond: On n’est plus confinés, tu sais! Je l’ai assez dit ici, pour moi confinement ou déconfinement, c’est un peu blanc bonnet et bonnet blanc. Cette expression bizarre qui quand j’étais petite m’agaçait tellement! Les schtroumpfs, quant à eux, disent schtroumpf vert et vert schtroumpf. Je ne dis pas que c’est mieux, je le signale juste à titre informatif. Bref, cet aparté pour dire que confinement ou non, je me trouve toujours devant un écran à une heure pas raisonnable pour raconter ma vie à je ne sais qui, que ça me plaît toujours autant, ou ça ne me déplaît pas suffisamment pour arrêter, et malgré le doute qui m’attaque quotidiennement il semblerait que je trouve toujours des choses à raconter. Huit semaines, quand même. Ca fait beaucoup d’idées, d’inepties, d’inventions racontées par écran interposé. Plus de 200000 signes, presque un livre, je viens de compter. C’est-à-dire, l’ordinateur vient de compter pour moi. En fait, j’ai plus parlé à mon ordinateur qu’à qui que ce soit pendant tout ce temps-là.

 

Dans The lonely city, que j’ai enfin fini, il y a de très belles pages sur le monde virtuel dans lequel on vit; sur la société panoptique qui existe depuis Big Brother et même avant; sur Internet, inventé pour transmettre des données et qui est devenu un lieu de connexion entre êtres humains isolés. Tout ça a été dit et redit ces dernières semaines, comment le numérique est le grand gagnant, comment on s’est aperçus, tous, que parfois un écran vaut mieux que rien, mais dans le même mouvement, que quand même un écran ne remplacera jamais un câlin. Et pourtant… Dans tous les doutes, tous les questionnements, je fais partie des gens qui se sont rassurés avec la constance qu’offraient ces mots en noirs et blancs, ces blocs de texte uniforme, alignés et – qui dit mieux – entièrement contrôlés par mes doigts. Ca fait du bien, cette illusion de contrôle dans un monde si mouvant. Je suis plus que jamais reconnaissante de l’existence des blogs, en ce moment, ces fenêtres sur d’autres gens, ces drôles de livres anonymes et auto-publiés et accessibles dans le monde entier.

 

Alors oui on est déconfinés, mais le retour massif de flamme que j’ai connu pour la merveille qu’est Internet depuis huit semaines, j’espère qu’il ne disparaîtra pas trop vite. J’ai retrouvé la passion de mes quinze ans pour ce qui se passe derrière les écrans, pour les chatrooms et leurs équivalents actuels, que ce soit Instagram ou bien les commentaires des lecteurs du Guardian. Je me suis souvenu, faisant de nécessité vertu, qu’il n’est pas toujours nécessaire de se déplacer physiquement, et qu’on a cette chance, ce cadeau empoisonné qui vient avec une dose de surveillance, certes, mais cadeau quand même: on est connectés à des millions d’êtres humains. La connexion vaut ce qu’elle vaut, elle ne remplacera jamais un câlin, une odeur, une surprise, mais elle a le mérite d’exister, comme on dit, de nous rappeler que quoi qu’il arrive nous ne sommes pas isolés. J’ai lu ce matin le récapitulatif en direct des dernières nouvelles sur le site du Guardian, il y avait des histoires sordides et d’autres magnifiques, et je me suis sentie transportée, bouleversée par ce voyage immobile. 

 

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