
Il fait extrêmement chaud. 41° degrés aujourd’hui. Le genre de journée qui envoie toute vélléité de “faire” aux oubliettes, où il faut se contenter d’exister. Je n’ai pas fait mon yoga en me levant; Céleste était réveillée aussi et on est parties tout de suite à la plage, sans même changer sa couche. Sur le chemin on s’est arrêtées dans les boutiques de frusques et j’ai essayé un short vert et une camisole blanche en lin. Je portais Céleste en écharpe dans un tissu blanc que nous a offert ma mère et qui est très aérien. L’étoffe s’appelle ramie, c’est une ortie chinoise dont le tissage est doux, solide et très agréable. Céleste enveloppée dedans a l’air d’un petit paquet ou d’un bonbon appétissant et tous les commerçants m’ont fait des compliments. Je portais un grand chapeau en paille qui appartenait à ma grand-mère et qui est couvert sur toute la forme de grandes fleurs ajourées et multicolores. C’est kitsch et beau. Au magasin de surf qui fait l’angle avec le front de mer j’ai essayé des baskets de skater tout aussi kitsch et magnifiques, qu’on croirait peintes par un graffer amateur de couleurs pastel, et un maillot deux pièces à fleurs.
Sur la plage on a fait trempette accroupies dans un fond de vagues. Céleste tapait dans l’eau frénétiquement, peut-être pour accompagner ou tenter d’endiguer son mouvement. C’était un spectacle fascinant, qui a duré un certain temps. Quand son nez s’est mis à couler je me suis dit que peut-être elle avait froid et on est allées s’installer sur le sable sec à l’ombre des rochers. Je lui ai enlevé son maillot et sa marinière trempés et les ai étalés au soleil pour qu’ils sèchent. A ce moment-là Olga et son fils sont arrivés. On a regardé les enfants se faire coucou. Valentin a envoyé du sable sur Céleste qui a froncé le nez et plissé les yeux sans avoir l’air de tout à fait comprendre ce qui lui était arrivé, et sans broncher. Pour faire diversion Olga a emmené Valentin au bord de l’eau en les protégeant tous les deux sous son grand parapluie bleu. Céleste avait faim donc je l’ai nourrie, allongée à côté d’elle sur le tissu en ramie. Je voyais le ciel bleu sans nuages et les rochers et mon petit bébé alangui. J’ai pris quelques selfies de mon air ravi et de sa petite tête pour me souvenir que parfois, c’est vraiment tout simple, la vie.
En rentrant de la plage j’ai assis Céleste dans une bassine en métal émaillé remplie d’eau chaude et elle a joué à éclabousser en glapissant. Elle a dormi et puis on est allées dans la grande maison voir si quelque chose se tramait pour le déjeuner. Il se tramait que mon père mangeait du tarama sur des biscottes debout dans la cuisine donc on s’est assises avec lui, du melon et de la pastèque. J’en ai proposé à Céleste qui a accepté et suçoté ses morceaux tranquillement. L’après-midi on est allés prendre une glace tous les trois pendant que ma mère faisait la sieste. On a chacun choisi une boule citron en espérant que ce serait désaltérant, et au dernier moment j’ai demandé de la chantilly. Le résultat ressemblait gustativement à une tarte au citron meringuée glacée et allégée de sa pâte brisée. Sur le chemin du retour on a trouvé de l’ombre pour éviter de fondre aussi vite que nos glaces, et on a parlé des maisons qu’on croisait et de leurs habitants. En fin de journée on est allés dans ma crique favorite et j’ai nagé un peu dans l’océan. Le soir on a regardé le soleil se coucher derrière les pins en flamboyant.
