Déconfinement, J25 / Royan

On s’est réveillés et on a décidé d’aller au café. Première terrasse depuis trois mois! Ambroise qui a cette habitude plus que moi était tout excité. On est passés d’abord à la boulangerie s’acheter des viennoiseries – croissant pour moi, pain aux raisins pour lui, plus deux croissants pour mes parents. Le café s’appelle l’Iguana et il est là depuis longtemps. Il y en a un autre à côté, plus récent, qui a remplacé la crêperie où on allait quand j’étais enfant. Je ne suis pas rétive au changement de manière théorique, mais je n’aime pas qu’on bouleverse mes routines. La crêpe complète en arrivant à Royan me manque et une part de moi en veut au nouveau café de m’en avoir privée. Pour cette raison-là, je préfère l’Iguana. On a observé la terrasse comme deux généraux avant une bataille. Quelle table? Qui était là? Revoir la diversité du monde attablé au café de bon matin nous a fait du bien. En terrasse, pas besoin de masque. La serveuse est arrivée, elle a pris nos commandes – orange et citron pressés pour moi et pour Ambroise un café. Tout semblait “comme avant”. On a vite oublié le confinement.

On a retrouvé une routine: celle d’aller au café pour planifier la journée. Quand on travaille à la maison avec un certain degré de liberté, l’organisation en sortant de la maison a du bon. J’ai reçu un message d’Olga écrit en russe; le temps de le déchiffrer, on était décidés. Elle nous proposait de la rejoindre au zoo dans la matinée – l’après-midi, la météo prévoyait de la pluie. On a vérifié les horaires et que c’était bien ouvert et on a répondu à Olga pour accepter. On a demandé à ma mère si elle avait besoin de la voiture et elle a dit qu’elle pouvait nous la prêter. On est rentrés se préparer pour la sortie familiale. En chemin vers la maison, on a discuté de considérations parentales du genre: faut-il prendre la poussette en plus du porte-bébé? Tels deux parents très prudents, et beaucoup moins détendus qu’avant, on a décidé de prendre les deux, “au cas où”. “Au cas où” est une phrase qu’on apprivoise en tant que parents. Des couches, évidemment, des habits de rechange, des jouets ou des hochets? La liste si on ne fait pas attention ne s’arrête jamais. On est partis chargés comme des baudets. 

Une fois, quand on venait de se rencontrer – c’était un dimanche et je suis comme Gainsbourg, je me dis parfois que je crèverai un Sunday tant je hais cette mollesse intrinsèque au dernier jour – Ambroise m’a dit: Viens, on va au zoo dessiner des animaux. Ce jour-là on est allés au zoo de Vincennes, qui venait d’être refait et que l’architecte en lui voulait observer. On s’est promenés et on a tenu la promesse qu’il m’avait faite: on a dessiné. Au gigantesque zoo de la Palmyre avec un enfant en porte-bébé et une poussette à pousser, pas le temps de s’asseoir pour faire des croquis. A la place, j’ai pris des photos des animaux avec l’appareil réflex que j’avais emporté parmi tout le barda. Le zoo était presque vide: il vient de rouvrir. On a montré à Céleste les taches des girafes et leur démarche chaloupée, les fesses arc-en-ciel du babouin dominant et la peau épaisse du rhino et de l’éléphant. On a regardé les otaries avec Olga et son enfant. On s’est émerveillés de la diversité de la nature. Pendant ce temps-là, des gens manifestaient pour la diversité de l’espèce humaine. Ca semble absurde.

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