Reconfinement, J-1 / Everything in Its Right Place

Reconfinement, J-1 / Everything in Its Right Place

Il a dit, “Chacun à notre place”. J’ai noté la phrase et ça m’a fait penser à une chanson de Radiohead que j’ai entendue sur Fip lundi et aussitôt googlée. Try to say, répète Thom Yorke de sa voix douce et plaintive (le contraire exact du ton ferme et assertif d’Emmanuel Macron). 

A quoi bon essayer d’expliquer un sentiment ou une chanson? Le président a dit “chacun à notre place” et j’ai trouvé ça beau. Pourtant c’est un peu idiot – chacun sait qu’on met une vie à trouver sa place. Il croit peut-être qu’il l’a trouvée, lui? C’est jamais qu’un quinquennat, chéri. 

Anyway. Exit Macron, revenons à nos moutons: et moi, dans tout ça? Elle est où, ma place à moi? Home is where the heart is, dit l’adage. Chez moi, ce serait alors là où est la chair de ma chair et puis celui avec qui je partage cette propriété singulière: ensemble, on a enfanté. 

La dernière fois, j’ai résisté une semaine à l’idée de me confiner avec lui. Il n’était pas ravi. J’étais fâchée pour différentes raisons contre lui et contre sa maison. J’ai fini par céder, rentrer, rester. Ca s’est bien passé. Oserai-je l’avouer? J’ai kiffé le confinement en sa compagnie.  

Est-ce que c’est un impondérable, cette histoire de place, est-ce que ma place est donc ici pour toute la vie, dans ce lit entre elle et lui? Il est entré en moi et subséquemment elle en est sortie. Ca semble limpide, si l’on demande à mes parties intimes. Assez pour déterminer tout une vie? 

La dernière fois, j’ai déjà tout écrit: avec qui êtes-vous confinés, vous? L’intime est politique. Les choix que l’on fait maintenant sont déterminants. Qui va accourir pour s’occuper de ses parents ou au contraire les éviter pour les préserver? Qui va se préserver soi en ne les voyant pas?

Qui va écouter ses parties intimes pour décider? Qui son coeur, sa chair ou sa tête? Qui va être pragmatique et qui plus émotif? Qui en a les moyens, d’abord? Qui peut choisir le confort? Qui va prendre cette mésaventure comme une aventure et se confiner en terrain inconnu? 

On est invités chez de nouveaux amis, qu’on connaît depuis deux mois. Moi, je les connais, pas lui. Ils sont très gentils, leurs filles aussi, l’une d’entre elles a deux semaines d’écart avec notre fille. Ils ont une maison et nous ont invités sans réfléchir, sans savoir, hier soir. 

On a deux autres options: rester là où on est, dans quarante mètres carrés sans terrasse ni jardin, à entendre les conversations des voisins, ou partir passer quatre semaines chez mon beau-père, à la campagne, dans une grande maison où on aurait nos propres cuisine et salon. 

On en a discuté/disputé, on n’a pas réussi à décider. Une victoire au prix de la guerre a un goût amer. Je n’ai jamais aimé les bras de fer. Je n’ai jamais aimé me battre, pinailler, ruser et espérer l’emporter, surtout lorsque ailleurs de vraies guerres se jouent, et bien plus meurtrières. 

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