
On part aujourd’hui. Dernière nuit dans un lit normal avant la couchette dépliable. Un van, c’est la version non-fictionnelle du lit-voiture de Gaston Lagaffe. En mode nuit, la banquette arrière s’aplatit, le toit se soulève et presque tout l’espace devient couchage. Un lit en bas, un dans la tente du toit. Hélas, à la différence de Lagaffe, on ne tente pas le diable et on évite de rouler en position allongée. On l’a fait une fois, un dimanche matin de juin, le temps qu’Atlas se réveille. En cinq minutes de trajet, aucun Longtarin.
Les sacs sont prêts: draps, couettes, oreillers et serviettes, vêtements, livres et quelques jouets. La vaisselle incassable est déjà rangée dans un des placards intégrés: c’est un aménagement allemand par la compagnie Westfalia. Il y a réchaud, évier et même un frigo, mais le nôtre est cassé. L’été dernier, on s’en est très bien passé. De toute façon, quand on n’a ni salle de bain ni toilettes, la réfrigération des aliments semble être un luxe venu d’une autre planète. Le frigidaire cassé fera office de bibliothèque.
Je regarde les sacs et me demande bien pourquoi j’ai emporté autre chose qu’une paire de Birkenstock, un short et une robe. Ma personnalité parisienne a fait les valises, et ma personnalité de vanlifer la regarde de travers. La vie en van implique un certain minimalisme, et une bonne dose d’esprit pratique. Exit la jolie tasse en céramique. Idem les sandales spartiates à longues brides. S’il faut sauter dehors en pleine nuit pour faire pipi dans les orties, on fait au plus vite. Ça, ma personnalité citadine s’en fiche.
Tout le monde dort encore dans la maison qu’on quitte tout à l’heure, et dont le degré de confort est à peine meilleur. On fait la vaisselle sous un robinet dehors. On y remplit aussi l’unique casserole, qu’on pose en équilibre sur un Butagaz du magasin de bricolage local. Il y a deux lits et quatre fauteuils en rotin. Les papiers peints à fleurs ont le même âge que les premiers combi Volkswagen. Je les adore, mais eux aussi ont eu la vie dure du veau d’or. Partout, salpêtre et poussière. On va prendre l’air.
Autoradio: Jane Birkin, Ballade de Johnny-Jane
