
J’ai menti hier: ce n’était pas la dernière nuit dans un vrai lit. Après trop de récriminations sur ma prétendue non-organisation, j’ai écrit l’itinéraire de manière maniaque sur un tableur Excel. Première étape: Orpierre, dans les Hautes-Alpes. Cinq heures sous la cagne pour arriver dans ce qui m’avait été décrit comme un pays de Cocagne. J’ai bien regretté ce tableur de malheur. Les enfants suant à grosses gouttes à l’arrière du van, leurs cris de concert résonnant sur les montagnes de l’Isère, l’autoroute de l’enfer.
Le voyage avait commencé d’un pied plus gai: ciel sans nuages, champs de tournesol, bottes de foin et rangées de vignes. Jane Birkin encore sur les platines. Vers Beaune, pique-nique sur une aire où les jeux pour enfants sont des champignons géants. Joies de la vie routière. Quatre heures plus tard, à l’approche de Sisteron, je rêve d’un plongeon dans la mer et ne vois que baraques à frites à l’horizon. Un stop dans la première qui propose des glaces. Boissons tièdes et chaleur caniculaire. Je désespère.
Orpierre. On y est enfin. La bergerie achetée par la grand-mère d’Ambroise en 1968 a été transmise à son cousin, qui y a fait un gîte. Il a gardé trois chambres. C’est donc dans un vrai lit que je me suis réveillée ce matin. Dans la cuisine à côté, j’ai trouvé un sachet de thé nommé Volupté, une théière asiatique en fonte et une tasse en céramique magnifique. Tout ce que le van vole à mon sens tyrannique de l’esthétique. Le mien s’appelle Hotel California, mais on n’y est pas aussi bien reçu que ça.
En haut d’un sentier de pierre, il y a une piscine. C’est l’œuvre de la grand-mère, prénommée Jacqueline, qui pour l’alimenter a fait capter l’eau de la source voisine. On y voit le reflet des montagnes luxuriantes et des fleurs sauvages. J’ai contemplé ma chance en même temps que le paysage. Nager nue le matin dans une eau douce, fraîche et trouble, entre les rochers et les roses trémières, est une image du paradis. Se laisser porter tout en contrôlant ses mouvements: c’est la vanlife, ou juste la vie.
Autoradio: Massive Attack, Paradise Circus
