Vanlife J3

Réveillée par les oiseaux dehors et, pour une fois, pas par le corps chaud du gordito qui dort contre moi. Gordito, ça signifie petit gros. Mon fiston a d’autres surnoms, mais je trouve celui-ci mignon. Ça parle de ses petits cuissots, de son double menton et de son petit bidon, et c’est plein d’affection. Avant-hier, j’ai découvert que Benoît, le cousin d’Ambroise, appelle son chien gordito aussi. Il a vécu 11 ans au Mexique, et le chien est mexicain. Il m’a dit que là-bas gordito et gordita sont des termes d’amour.

Le gordito, donc, dort avec sa sœur, et je savoure. Les vacances tous ensemble dans les 15 mètres cube du van, ce n’est pas le bagne, mais parfois ça y ressemble. Aucune issue de secours. Une fois, en Bretagne, on a dormi sur une plage infestée de mouches. Une centaine dans l’habitacle. J’avais accouché d’Atlas trois semaines avant et devenais maboule en pensant aux Mouches de Jean-Paul Sartre. Dans cette pièce de théâtre, il transforme les Érinyes, divinités grecques punitives de l’inceste, en insectes.

Vers sept heures, je me lève pour aller lire sur le canapé, luxe dont je serai bientôt privée. La bibliothèque est un voyage entre les générations qui ont vécu dans cette maison: Guy des Cars côtoie Julio Cortazar. Il y a aussi Cent ans de solitude, en VO. Je l’ai lu au lycée et relu pendant mes études de littérature comparée. Cette mythologie contemporaine dans la jungle colombienne a coûté à Gabriel García Marquez toutes ses possessions matérielles, et lui a valu un prix Nobel. Je m’y replonge avec délice.

Le premier chapitre oppose les Buendía qui passent plus d’un siècle au même endroit, aux gitans qui bougent tout le temps. Vanlife versus sédentarité? Je n’ai pas cent ans: ensuite, je vais direct à la fin du livre. Spoiler alert: puni pour le crime consanguin de ses ancêtres, le dernier bébé de la lignée est dévoré par des fourmis. Finie, ma nuit. Aujourd’hui on part en Camargue. Il paraît que c’est plein de moustiques. Il paraît aussi – autre tip du Mexique – que les ventilateurs les font fuir. Le vent contre les Érinyes.

Autoradio: The Cramps, Human Fly

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